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Surprescription d’opioïdes : un phénomène limité, selon le Collège des médecins

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 20 j

Après enquête, onze médecins auraient une « pratique irrégulière » posant des risques pour leurs patients..

Surveillance des opioïdes

En 2022, le Collège des médecins du Québec et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ont lancé un programme pour surveiller les prescriptions d’opioïdes et de benzodiazépines. Ce programme visait à limiter les surdoses, les dépendances et la revente illégale de ces médicaments. La RAMQ a analysé les données de prescriptions et identifié environ 2000 médecins dont les pratiques présentaient des risques, en se basant sur des critères comme les dosages élevés ou le nombre excessif de comprimés prescrits. Ces critères permettent de détecter les ordonnances qui pourraient favoriser une utilisation abusive ou dangereuse des médicaments.

Enquête et résultats

Le Collège des médecins a ensuite enquêté sur les 2000 médecins identifiés par la RAMQ. Parmi eux, 26 ont été convoqués pour des entretiens approfondis afin de comprendre leur pratique. À l’issue de cette analyse, seuls onze médecins ont été jugés comme ayant une pratique irrégulière susceptible de poser des risques pour leurs patients. Le président du Collège, le Dr Mauril Gaudreault, précise que ces médecins n’ont pas commis de dérapages majeurs, mais que leur pratique sortait des normes habituelles. Les autres médecins, dont 15 ont été vérifiés et 12 restent à évaluer, n’ont pas posé de problème selon l’enquête.

Mesures correctives

Les onze médecins identifiés comme présentant des risques ont reçu une lettre avec des recommandations pour améliorer leur pratique. Le Collège des médecins a privilégié une approche pédagogique, en proposant des rappels sur les interactions médicamenteuses ou l’utilisation de la naloxone, un médicament qui peut contrer les effets d’une surdose d’opioïdes. Une formation d’appoint en gestion de la douleur et de la dépendance leur a également été fortement suggérée. L’objectif était d’accompagner ces professionnels pour ajuster leurs prescriptions et réduire les risques pour les patients.

Contexte des cliniques

Parmi les médecins ciblés par la RAMQ, plusieurs travaillaient dans des cliniques spécialisées dans la gestion de la douleur ou dans le traitement des dépendances et de la toxicomanie. Ces professionnels sont naturellement amenés à prescrire des quantités plus importantes d’opioïdes, car leurs patients en ont souvent besoin pour soulager des douleurs chroniques ou gérer des sevrages. Le Dr Mauril Gaudreault souligne que cette particularité a été prise en compte lors de l’enquête, afin de distinguer les pratiques médicalement justifiées des abus.

Doutes et critiques

Certains professionnels, comme la Dre Marie-Ève Morin, médecin en santé mentale et dépendance, expriment des doutes sur les résultats de l’enquête. Elle estime que le passage de plusieurs centaines de médecins identifiés par la RAMQ à seulement onze cas avérés de pratiques à risque est surprenant. Elle souligne que les critères utilisés par la RAMQ pour identifier ces médecins restent flous et que le nombre de prescriptions jugées excessives était élevé. Elle rappelle aussi que les médecins qui prescrivent des opioïdes de manière abusive s’exposent à des sanctions sévères, ce qui pourrait influencer leur comportement.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les résultats de ce programme, la crise des opioïdes au Québec reste un enjeu majeur. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (*INSPQ*), le nombre de décès liés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou autres drogues a augmenté de 33 % entre 2023 et 2024. Entre avril 2025 et mars 2026, 596 décès ont été recensés. Par ailleurs, un recours collectif contre les fabricants et distributeurs d’opioïdes a abouti à une compensation de 22 millions de dollars pour les personnes dépendantes à la suite d’une prescription. Le défi actuel consiste à retrouver ces bénéficiaires pour leur verser cette compensation.

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