Inflation, répression
En Iran, l’inflation galopante bouleverse le quotidien et nourrit la colère. Mais face à une répression féroce, beaucoup n’osent plus manifester.
En Iran, l’inflation atteint des niveaux records, rendant la vie quotidienne extrêmement difficile pour les habitants. Les prix des produits de base, comme les œufs, les légumes ou les boîtes de conserve, fluctuent quotidiennement en fonction des variations du taux de change du dollar. Par exemple, Amir, un Iranien de 40 ans vivant dans l’ouest du pays, explique que les sanctions internationales contre l’Iran provoquent une hausse automatique du dollar, ce qui entraîne une augmentation immédiate des prix. Les Iraniens partagent parfois sur les réseaux sociaux des vidéos de leurs courses, montrant les produits achetés et leurs coûts, parfois avec une ironie amère pour dénoncer la situation. Ces pratiques sont risquées : les autorités peuvent accuser ces personnes d’être des traîtres ou des agents du Mossad (services secrets israéliens), des accusations pouvant mener à des peines de prison ou même à la peine de mort. La crise économique est donc à la fois une souffrance matérielle et une source de répression accrue.
La répression en Iran s’intensifie face à la colère populaire, notamment après les manifestations de janvier 2026, où des Iraniens ont protesté contre la crise économique. Shadi, une Iranienne ayant quitté le pays en septembre 2026, décrit une atmosphère de terreur : elle craint d’être arrêtée si elle manifeste, et se souvient des rues ensanglantées et des incendies après les soulèvements. Les opposants au régime sont souvent accusés de trahison ou d’espionnage au profit d’Israël, des chefs d’accusation pouvant entraîner des peines de prison, voire la peine de mort. La peur d’être arrêté ou tué dissuade une grande partie de la population de s’exprimer ou de manifester. Les autorités iraniennes étudient même un projet de loi visant à emprisonner les Iraniens qui parlent à des journalistes étrangers, ce qui rend les témoignages comme ceux recueillis dans cet article particulièrement rares et risqués. Les Iraniens utilisent des outils d’intelligence artificielle pour modifier leur voix et protéger leur anonymat.
Les espoirs de changement politique en Iran s’amenuisent face à la répression et à l’échec des soulèvements passés. Reza, un jeune Iranien de 26 ans vivant à Téhéran, explique qu’il ne croit plus qu’une nouvelle manifestation puisse faire tomber le régime, car il considère que les actions symboliques comme brûler des pneus ou lancer des pierres ne suffiront pas. Sanaa, une femme de 33 ans également basée à Téhéran, partage ce pessimisme : elle estime que les années de répression, les arrestations, les exécutions et la mort de jeunes manifestants dans les rues ont montré que le régime ne tombera pas facilement. Les Iraniens, après des décennies de contestation, ont perdu foi en la possibilité d’un changement pacifique ou violent. Cette désillusion s’étend aussi aux puissances étrangères, perçues comme défendant leurs propres intérêts plutôt que ceux du peuple iranien.
La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, déclenchée en février 2026, a aggravé la crise économique et sociale. Sanaa explique que l’intervention militaire étrangère ne bénéficie pas au peuple iranien, mais sert les intérêts des pays étrangers. Hamid, un Iranien exilé à Istanbul en Turquie, partage cette analyse : il rappelle les conséquences désastreuses des interventions militaires passées en Irak, en Afghanistan et en Syrie, où les populations locales ont souffert sans voir de changement politique durable. La guerre a aussi renforcé la répression interne, les autorités iraniennes utilisant le contexte de conflit pour justifier une surveillance accrue et des mesures sécuritaires strictes. Les Iraniens, pris entre la crise économique, la répression et la guerre, se sentent piégés dans un système qu’ils ne peuvent ni changer ni fuir facilement.
Les témoignages recueillis dans cet article proviennent d’Iraniens opposés au régime, dont les voix sont rares en raison des risques encourus. Pour protéger leur identité, ces personnes demandent à ce que leurs noms soient changés et leurs voix modifiées à l’aide d’un outil d’*intelligence artificielle*. Les autorités iraniennes surveillent de près les communications avec des journalistes étrangers et étudient un projet de loi qui punirait de prison les Iraniens collaborant avec des médias internationaux. Ces précautions montrent à quel point la parole est contrôlée et dangereuse en Iran. Les récits de ces Iraniens, bien que fragmentaires, offrent un aperçu unique de la vie sous un régime autoritaire, où la survie quotidienne se mêle à la peur constante de la répression.

