Comment l’Occident a impitoyablement réprimé la révolte des Boxers
1900 − Chine. Ulcérés par la rapacité des puissances étrangères, les Chinois s’insurgent, avec le soutien de la maison impériale.
Au XIXe siècle, la Chine impériale, dirigée par la dynastie Qing depuis 1644, traverse une période de déclin marquée par une mauvaise gestion politique, des famines répétées et des rébellions internes. Ce déclin est accentué par deux guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860) contre l’Angleterre et la France, qui révèlent la supériorité technologique et militaire des puissances occidentales. Une défaite face au Japon en 1895 aggrave encore la situation. Ces événements affaiblissent considérablement l’autorité des Qing et alimentent un sentiment de frustration parmi la population chinoise, notamment face à l’influence croissante des puissances étrangères dans le pays.
Les traités inégaux désignent une série d’accords imposés par les puissances occidentales (Royaume-Uni, France, Allemagne, Russie, Japon, États-Unis) à la Chine entre le milieu du XIXe et le début du XXe siècle. Ces traités, souvent signés après des défaites militaires chinoises, accordaient aux puissances étrangères des droits exclusifs sur des territoires, des ports ou des zones d’influence en Chine. Par exemple, la Chine a dû céder Hong Kong à l’Angleterre ou ouvrir des villes au commerce étranger. Ces traités sont perçus comme une humiliation nationale par les Chinois, car ils restreignent la souveraineté du pays et favorisent l’exploitation économique de la Chine par les puissances étrangères.
En 1900, une révolte éclate en Chine contre l’influence étrangère et la domination des puissances occidentales. Les insurgés, surnommés les Boxers (ou Yihequan, « Poings de la justice et de la concorde »), sont soutenus par la maison impériale des Qing. Leur objectif est de chasser les étrangers et de restaurer la souveraineté chinoise. La révolte prend une ampleur importante, notamment dans le nord du pays, où des missionnaires, des diplomates et des civils étrangers sont pris pour cible. Les Boxers s’en prennent aussi aux Chinois chrétiens, perçus comme des collaborateurs des puissances étrangères.
Face à la révolte des Boxers, une coalition militaire internationale est formée par huit puissances étrangères : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, les États-Unis, la France, le Japon, le Royaume-Uni, l’Italie et la Russie. Cette coalition, placée sous le commandement allemand, mène une répression brutale contre les insurgés. Les troupes étrangères prennent d’assaut Pékin le 14 août 1900 et écrasent la révolte en quelques semaines. Les combats font des milliers de morts parmi les Boxers et les civils chinois. La répression est caractérisée par une violence extrême, avec des exécutions sommaires, des villages incendiés et des populations civiles massacrées, sans distinction d’âge ou de sexe.
Le 7 septembre 1901, un protocole de paix est signé à Pékin entre la Chine et les huit puissances étrangères. Ce traité impose à la Chine des conditions extrêmement dures : paiement d’une indemnité de guerre de 450 millions de taels d’argent (environ 333 millions de dollars de l’époque, soit l’équivalent de plusieurs milliards de dollars actuels), destruction de forts militaires, interdiction des importations d’armes pendant deux ans, et occupation étrangère de certains territoires chinois. Le protocole est scellé par une cérémonie symbolique le 4 septembre 1901 au Nouveau Palais de Potsdam, en Allemagne, où le Kaiser Guillaume II reçoit le prince chinois Chun pour une mission d’expiation.
La révolte des Boxers et sa répression par les puissances occidentales laissent un souvenir traumatisant en Chine. Cet événement est souvent interprété comme une preuve de la domination étrangère et de l’humiliation subie par le pays au XIXe et au début du XXe siècle. Il contribue à alimenter un sentiment nationaliste en Chine et à renforcer la méfiance envers les puissances étrangères. Aujourd’hui, la révolte des Boxers est étudiée comme un exemple de résistance populaire face à l’impérialisme, mais aussi comme un épisode de violence extrême et de déséquilibre des forces entre une Chine affaiblie et des puissances coloniales en pleine expansion.

