La marée noire à Oman hors de contrôle ne cesse de s’aggraver
Des agences internationales et des associations environnementales tirent la sonnette d'alarme..
Le Caroline Bezengi, un pétrolier transportant environ 800 000 barils de pétrole russe, s'est échoué le 30 juin 2026 au large d'Oman, dans une réserve naturelle marine en mer d'Arabie. Ce navire, vieux de 25 ans, était sous sanctions internationales et faisait partie de ce qu'on appelle la flotte fantôme russe, utilisée pour contourner les embargos liés à la guerre en Ukraine. Il avait quitté le port de Novorossiisk, en mer Noire, en avril 2026, avant de traverser le canal de Suez fin mai. Une explosion à bord semble être à l'origine de l'échouement, bien que personne n'ait revendiqué d'attaque. Le navire a traversé des zones de conflit, comme le Yémen, où des tensions impliquent les Houthis, proches de l'Iran, et les États-Unis ou Israël.
La marée noire s'étend rapidement : elle couvrait environ 45 km² fin juillet 2026, 150 km² début août, puis a quadruplé en deux jours pour atteindre 600 km² vers le 4 ou 5 août. Selon le spécialiste John Amos, elle couvre désormais plus de 2 000 km², une superficie multipliée par plus de 40 en un mois. Une partie du pétrole a déjà atteint les côtes omanaises, mettant en danger des écosystèmes fragiles comme les récifs coralliens, les baleines à bosse et les tortues menacées d'extinction. Les images satellite montrent que le pétrole dérive au nord-est de l'île d'Al Qibliyyah, dans une réserve naturelle incluant les îles Hallaniyat.
Le scénario catastrophe serait que le navire, déjà fragilisé par les vagues et le vent, se brise complètement et libère les 40 à 50 millions de gallons (soit 151 à 189 millions de litres) de pétrole encore à bord. Cette quantité équivaudrait à l'une des pires marées noires de l'histoire, comparable à celle de l’Exxon Valdez en 1989, qui avait déversé environ 41 millions de litres de pétrole en Alaska. Les assureurs et analystes soulignent que des règles complexes, liées aux sanctions et à la guerre, compliquent les efforts d'intervention. Par exemple, les Fonds internationaux d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (FIPOL) refusent de financer le nettoyage, car l'incident est considéré comme un acte de guerre plutôt qu'un accident.
Le navire n'est couvert par aucun assureur occidental reconnu, ce qui limite les moyens disponibles pour limiter la catastrophe. Les sanctions internationales et le contexte géopolitique (guerre en Ukraine, tensions au Yémen) entravent les actions de prévention et de nettoyage. L’Organisation maritime internationale (OMI) a confirmé que des systèmes de contention, comme des barrages flottants, sont en place pour limiter la propagation, mais leur efficacité reste limitée face à l'ampleur de la nappe. Oman, qui a tenté d'utiliser ces barrages, n'a pas communiqué de détails supplémentaires sur les efforts en cours, selon Reuters.
La réserve naturelle marine où le navire s'est échoué abrite des espèces protégées, comme les tortues marines, les baleines à bosse et les récifs coralliens. Une marée noire de cette ampleur menace directement ces écosystèmes, déjà fragilisés par les activités humaines et le changement climatique. Greenpeace, une organisation environnementale, a alerté sur l'accélération de la propagation du pétrole, soulignant que la zone touchée pourrait encore s'étendre. Les spécialistes estiment que la nappe, si elle n'est pas maîtrisée rapidement, pourrait causer des dommages irréversibles à la biodiversité locale et aux communautés côtières dépendantes de la pêche.

