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Géopolitique

Salvador de Bahia, la “capitale afro” du Brésil

Courrier International · mis à jour il y a 26 j

SÉRIE D’ÉTÉ “DE VILLE EN VILLE” (1/5). Ancien port négrier du Brésil, la ville du Nordeste ne mise plus seulement sur ses plages, son architecture coloniale et sa gastronomie pour attirer les touristes.

Salvador, ville afro-brésilienne

Salvador de Bahia, située dans le Nordeste du Brésil, est souvent présentée comme la « capitale afro » du pays en raison de sa population majoritairement noire, estimée à 80 %. Ancien port négrier, cette ville de plus de 2,8 millions d'habitants mise aujourd’hui sur son héritage culturel africain pour attirer les touristes, en complément de ses plages, de son architecture coloniale et de sa gastronomie. La municipalité travaille activement à valoriser cette identité, notamment dans des quartiers emblématiques comme le Pelourinho, cœur historique et culturel de la ville. Salvador se distingue ainsi comme la plus grande ville noire en dehors du continent africain, un statut qui influence profondément son paysage social, artistique et économique.

Pelourinho, cœur culturel

Le quartier du Pelourinho, situé dans le centre historique de Salvador, est considéré comme le plus animé de la ville. Ce quartier, marqué par une architecture coloniale portugaise, est devenu un symbole de la culture afro-brésilienne. On y trouve notamment des écoles de capoeira, un art martial afro-brésilien mêlant danse, musique et combat, né parmi les esclaves africains au Brésil. Le Pelourinho abrite aussi des salons de coiffure comme celui de Valdemira Telma, connue sous le nom de « Negra Jhô », où les clientes viennent se faire coiffer de tresses inspirées des traditions africaines. Ce lieu est devenu un point de rencontre incontournable pour les habitants et les visiteurs, reflétant la vitalité de la culture noire dans la ville.

Quilombos et héritage esclavagiste

Les quilombos sont des communautés formées par des descendants d’esclaves en fuite, apparues au Brésil à partir du XVIe siècle. Ces refuges, souvent organisés dans des zones isolées, ont permis aux esclaves de préserver leur culture et leur autonomie. Valdemira Telma a passé une partie de son enfance dans un quilombo, où elle a subi des moqueries en raison de sa peau noire, illustrant les discriminations persistantes liées à l’esclavage. Aujourd’hui, ces quilombos sont reconnus comme des symboles de résistance et de mémoire historique, et certains sont protégés par l’État brésilien. Leur héritage reste un sujet sensible dans un pays où les inégalités raciales et sociales restent marquées.

Orixás et spiritualité yoruba

Les orixás (ou orishas) sont des divinités issues de la religion yoruba, originaire d’Afrique de l’Ouest, notamment du Nigeria et du Bénin. Ces figures spirituelles jouent un rôle central dans le candomblé, une religion afro-brésilienne pratiquée principalement à Salvador. Les orixás sont associés à des éléments de la nature, des couleurs, des animaux et des émotions, et sont invoqués lors de rituels pour protéger ou guider les fidèles. Valdemira Telma porte des colliers de perles colorées symbolisant ces divinités, reflétant l’importance de cette spiritualité dans la vie quotidienne et culturelle de la communauté noire de Bahia. Le candomblé est aujourd’hui un patrimoine immatériel brésilien, reconnu pour son rôle dans la préservation des traditions africaines.

Culture noire et tourisme

Salvador mise sur sa culture afro-brésilienne pour développer un tourisme alternatif, au-delà des clichés des plages et du carnaval. Des figures comme Valdemira Telma, devenue une célébrité locale, incarnent cette nouvelle dynamique. Son salon de coiffure, où elle tresse les cheveux des clientes avec des motifs inspirés des traditions africaines, attire des visiteurs du monde entier. La ville cherche ainsi à attirer une clientèle en quête d’authenticité et d’expériences culturelles profondes. Cependant, cette valorisation s’accompagne de défis, notamment la préservation des quartiers historiques comme le Pelourinho, souvent menacés par la gentrification ou le tourisme de masse.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses efforts pour célébrer son héritage noir, Salvador reste confrontée aux séquelles de l’esclavage et aux inégalités raciales. Valdemira Telma, qui a perdu sa mère à 5 ans et a grandi dans un quilombo, incarne ces blessures du passé. Son parcours illustre les difficultés rencontrées par les communautés noires au Brésil, où les discriminations persistent malgré des avancées législatives. La ville tente de concilier mémoire historique et développement touristique, mais les tensions sociales et économiques montrent que les défis restent nombreux. La valorisation de la culture afro-brésilienne s’inscrit ainsi dans un processus plus large de réconciliation et de reconnaissance des droits des populations noires.

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