En campagne 2/4 : Les fantômes du 21 avril 2002
Était-ce un coup de tonnerre ou un orage qui ne cesse depuis de gronder ? Comment donner corps à la montée de l'extrême droite et de ses idées dans la société et au sein des partis ? C'est l'histoire d'un déni et d'une longue marche..
Le 21 avril 2002, lors du premier tour de l'élection présidentielle française, Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national (parti d'extrême droite), arrive en deuxième position avec 16,86 % des suffrages exprimés, devant le candidat socialiste Lionel Jospin. Ce résultat, considéré comme un séisme politique, marque un tournant dans l'histoire électorale française. Renaud Dély, journaliste à France Info, décrit ce choc comme un moment où « le réel se fait sentir » pour les journalistes politiques, qui réalisent soudainement l'ampleur de la montée de l'extrême droite. Ce jour-là, le Front national arrive en tête dans deux départements du Nord de la France : le Nord et le Pas-de-Calais, des territoires historiquement ancrés à gauche. Ce résultat révèle une fracture sociale et politique profonde, ainsi qu'un déni persistant des médias et des élites politiques face à cette progression.
Le Nord de la France devient, après 2002, un territoire stratégique pour le Front national. Le parti y teste des stratégies électorales et y développe une présence médiatique accrue. Marine Lamoureux, journaliste à La Croix, souligne la « permanence des propos » tenus par les électeurs et les militants du Front national : les mêmes arguments, les mêmes peurs et les mêmes frustrations resurgissent au fil des années. Ce phénomène révèle l'absence de réponses politiques ou sociales adaptées aux préoccupations des habitants de cette région, marquée par la désindustrialisation et le chômage. Le bassin minier, autrefois cœur industriel de la France, devient ainsi un observatoire privilégié de l'évolution de l'extrême droite en France.
Les élections de 2007 marquent un tournant dans la couverture médiatique des campagnes électorales. L'émergence des chaînes d'information en continu, des sites web, des blogs et des forums transforme radicalement la manière dont les partis politiques et les médias interagissent. La campagne électorale s'accélère et semble ne plus jamais s'arrêter, avec une médiatisation constante des candidats et de leurs déplacements. Rachid Laïreche, journaliste à Libération, décrit une campagne vécue depuis les trains, les voitures et les déplacements des candidats, où les journalistes ne voient souvent que la mise en scène politique plutôt que la réalité sociale. Il compare l'arrivée des médias à un « ouragan », soulignant l'impact de cette présence sur les candidats et les électeurs.
Lors de la campagne présidentielle de 2007, les thèmes portés par le Front national en 2002 s'imposent dans le débat politique. Des mots comme « travail », « patrie », « identité nationale », « tolérance zéro » ou « ordre juste » deviennent centraux dans les discours des candidats et des partis. Ces thèmes, initialement associés à l'extrême droite, infusent progressivement dans l'ensemble du paysage politique. Au soir du premier tour, Jean-Marie Le Pen obtient 10,44 % des suffrages exprimés, un score bien inférieur à celui de 2002, mais ses idées continuent de structurer une partie du débat public. Cette évolution montre comment les thèmes portés par l'extrême droite ont été repris et normalisés par d'autres forces politiques.
Le choc de 2002 a laissé des traces durables dans le monde médiatique et politique. Les journalistes, comme Renaud Dély, reconnaissent avoir sous-estimé la montée de l'extrême droite avant cette date. Marine Lamoureux, journaliste à *La Croix*, souligne que les réponses aux frustrations exprimées par les électeurs n'ont pas été apportées entre 2002 et 2007, permettant à ces thèmes de persister. Parallèlement, l'arrivée des nouveaux médias numériques transforme les campagnes électorales en un flux continu d'informations, où la rapidité prime sur la profondeur. Cette accélération médiatique interroge sur la capacité des journalistes à rendre compte de la complexité des enjeux politiques et sociaux.

