Le parent, facteur de la réussite scolaire
Le lien école-parent-élève est l’un des facteurs de réussite les plus puissants dont nous disposons..
Les tests PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) sont des évaluations standardisées menées tous les trois ans par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), une organisation internationale qui regroupe 38 pays, dont le Canada et le Québec. Ces tests mesurent les compétences des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences dans environ 90 pays. En 2025, les résultats révèlent un recul historique des performances en lecture et en mathématiques, le plus marqué depuis la création des tests en 2000. Bien que le Québec et le Canada restent parmi les meilleurs systèmes éducatifs de l’OCDE, leurs résultats montrent aussi une baisse. Parmi les 760 000 élèves interrogés dans le monde, 69 % des élèves canadiens déclarent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils font à l’école, contre 78 % en 2022, soit une chute de 10 points en trois ans.
L’OCDE souligne que l’engagement des parents dans la scolarité de leur enfant a un effet direct et mesurable sur les résultats scolaires. Un enfant bénéficiant d’une attention parentale régulière obtient un score en sciences supérieur d’environ 35 points, ce qui équivaut à près d’une année et demie d’apprentissage supplémentaire. Peu d’autres facteurs pédagogiques ou éducatifs produisent un impact aussi important. Andreas Schleicher, directeur de la Direction de l’éducation et des compétences à l’OCDE, explique que certains parents adoptent une posture de consommateur de l’école, en privilégiant le choix de l’établissement ou du programme plutôt qu’un investissement personnel quotidien. Par exemple, choisir la meilleure école pour son enfant ne garantit pas une implication active dans ses devoirs ou ses apprentissages.
Plusieurs facteurs expliquent la diminution de l’engagement parental, sans que cela relève d’un désintérêt volontaire. Les contraintes temporelles sont majeures : les horaires de travail s’allongent, les trajets domicile-travail s’intensifient, et la charge mentale des familles réduit le temps disponible pour des échanges approfondis. La fracture numérique joue aussi un rôle : parents et enfants, absorbés par leurs écrans, partagent parfois le même espace physique sans interagir réellement. Enfin, le stress et l’isolement social, aggravés par la pandémie de COVID-19, rendent difficile une présence attentive des parents, déjà épuisés ou précarisés. Ces réalités structurelles, indépendantes de la volonté des familles, soulignent l’ampleur du défi.
Les parents font face à des enjeux inédits liés au numérique, qui complexifient leur rôle. Ils doivent désormais encadrer le temps d’écran de leurs enfants, surveiller leurs activités sur les réseaux sociaux et comprendre des technologies en évolution rapide. Ces responsabilités s’ajoutent aux attentes traditionnelles de suivi scolaire, rendant la tâche parentale plus exigeante que jamais. L’article souligne l’impossibilité de cumuler ces nouvelles obligations avec un engagement scolaire traditionnel, sans un soutien adapté. Par exemple, négocier l’usage des écrans ou comprendre les dérives des réseaux sociaux demande un temps et des compétences que beaucoup de parents ne possèdent pas encore.
Un avis du Conseil supérieur de l’éducation du Québec, publié en décembre 2024, intitulé Ensemble pour les enfants : une collaboration école, famille et communauté, met en lumière l’importance de la collaboration entre les écoles, les familles et la communauté pour la réussite scolaire. L’avis conclut que l’implication des parents, qu’elle soit individuelle ou institutionnelle (comme participer à des activités scolaires), est un levier clé. Pourtant, le Conseil constate que cette collaboration n’est pas une priorité du ministère de l’Éducation du Québec. Lors des campagnes électorales, l’éducation reste souvent un sujet secondaire, malgré son impact démontré par les tests PISA. Les écoles et les politiques publiques devraient donc faciliter activement le lien avec les parents, plutôt que de laisser cet engagement à la bonne volonté individuelle.
Selon les données de l’OCDE, le lien entre l’école, les parents et l’élève n’est pas un simple complément pédagogique, mais l’un des facteurs de réussite les plus puissants disponibles. Pourtant, ce lien est souvent négligé dans les priorités éducatives. L’article souligne que les politiques publiques doivent traduire leurs intentions en objectifs concrets et mesurables, par exemple en facilitant les échanges entre enseignants et parents ou en soutenant les familles dans leurs nouveaux défis numériques. Sans un engagement collectif et structuré, la baisse de l’implication parentale risque de creuser les écarts de réussite scolaire, malgré les performances globales encore élevées du Québec et du Canada.

