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Géopolitique

Le bistrot belge, meilleur remède à la solitude

Courrier International · mis à jour 3 oct.

En Flandre, les cafés populaires ferment les uns après les autres. Le quotidien d’Amsterdam “De Volkskrant” a rendu visite à ses voisins belges dans la ville d’Anvers pour rencontrer Ben Mouling, qui mène la résistance.

Fermeture des bistrots en Flandre

En Flandre, région néerlandophone de la Belgique, les cafés populaires et traditionnels ferment massivement. Cette tendance, observée depuis plusieurs années, s’accélère et menace un patrimoine culturel local. Les raisons évoquées incluent la baisse de la fréquentation, la hausse des coûts de fonctionnement et la transformation des modes de vie, notamment chez les jeunes générations. Ben Mouling, un acteur clé de la préservation de ces établissements, dénonce cette disparition comme une perte majeure pour la vie sociale des quartiers. Les bistrots flamands, souvent familiaux et ancrés dans leur territoire depuis des générations, jouent un rôle bien au-delà de la simple consommation de boissons : ils sont des lieux de rencontre, de convivialité et de solidarité.

Le café comme rempart social

Ben Mouling, 50 ans, gère le café In de Stad Aalst à Anvers, un établissement emblématique fondé en 1876 et toujours en activité. Pour lui, ces bistrots sont des remparts contre la solitude, surtout pour les personnes marginalisées ou en situation de précarité. Le café accueille des clients variés : des personnes âgées, des travailleurs précaires, des vendeurs à la sauvette, ou encore des personnes en situation d’isolement. Mouling souligne que ces lieux offrent un espace où personne n’est jugé, où l’on peut discuter, rire ou simplement exister sans pression. Il cite l’exemple des clients alcooliques : plutôt que de les laisser s’isoler chez eux, le café leur offre un cadre où ils sont entourés et surveillés, limitant les risques de dérive.

Un rôle de surveillance bienveillante

Le café In de Stad Aalst illustre une pratique courante dans les bistrots belges : une forme de surveillance sociale informelle. Les patrons et les habitués connaissent les clients réguliers et remarquent rapidement leur absence. Si un client ne se montre pas pendant trois jours, le personnel n’hésite pas à prendre des nouvelles, parfois en téléphonant à sa famille ou à ses proches. Cette attention bienveillante vise à prévenir les situations de détresse, comme les overdoses ou les accidents domestiques. Mouling insiste sur le fait que ces établissements ne sont pas des lieux de consommation passive, mais des espaces où se tisse un réseau de solidarité et de soutien mutuel.

Un patrimoine culturel menacé

Les bistrots belges, comme In de Stad Aalst, sont souvent des institutions familiales transmises de génération en génération. Leur fermeture représente donc une perte culturelle et historique. Ces lieux sont chargés d’une histoire locale, avec des murs qui ont vu défiler des générations de clients, des objets décoratifs typiques (lambris, miroirs, lustres en cuivre) et une ambiance unique, mêlant tradition et modernité. Leur disparition appauvrit le paysage urbain et prive les quartiers d’un lieu de mixité sociale, où se croisent toutes les générations et toutes les classes sociales. Les défenseurs de ces établissements, comme Mouling, les considèrent comme des laboratoires de démocratie sociale.

Une réponse à l’isolement moderne

La solitude est un phénomène croissant dans les sociétés occidentales, notamment chez les personnes âgées ou en situation de précarité. Les bistrots belges offrent une réponse concrète à ce problème en recréant du lien social. Contrairement aux espaces virtuels ou aux lieux de consommation standardisés, ces cafés conservent une authenticité et une chaleur humaine. Les clients y trouvent un cadre où ils peuvent s’exprimer librement, partager des moments de convivialité ou simplement observer la vie qui passe. Mouling souligne que ces lieux sont indispensables pour maintenir un tissu social solide, surtout dans un contexte où les interactions humaines se raréfient.

Ce que ça pourrait changer

Le modèle des bistrots belges, avec leur mélange de convivialité, de surveillance informelle et de patrimoine culturel, est difficile à transposer ailleurs. En Europe, d’autres pays connaissent aussi des fermetures massives de cafés traditionnels, mais peu parviennent à préserver cette dimension sociale unique. Les raisons sont multiples : manque de soutien public, pression économique, ou encore changement des habitudes de consommation. Ben Mouling et d’autres défenseurs de ces établissements appellent à une prise de conscience collective pour protéger ces lieux, en proposant par exemple des aides financières ou des subventions aux propriétaires qui souhaitent moderniser leurs locaux sans perdre leur âme.

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