Climat de peur à Lac-Simon
Les résidents de cette communauté anishnabe ont peur depuis une série d'incidents violents..
Depuis 2025, l’accès à la communauté autochtone de Lac-Simon, située à 35 km au sud de Val-d’Or en Abitibi, est strictement contrôlé. Des gardiens surveillent 24 heures sur 24 une barrière à l’entrée, n’autorisant que les résidents et les travailleurs à passer. Les visiteurs sont refoulés, car la communauté fait face à une montée de la violence liée au crime organisé. Le chef du conseil, Lucien Wabanonik, justifie cette mesure par la nécessité d’identifier les revendeurs de drogue et de réduire les tensions. En 2026, cette surveillance s’accompagne d’un couvre-feu pour les mineurs à partir de 21 heures et de patrouilles policières accrues dans les rues. Malgré ces efforts, la méfiance persiste parmi les habitants, qui craignent pour leur sécurité, surtout la nuit.
Depuis 2024, Lac-Simon est frappée par une série d’homicides et d’agressions violentes. En août 2025, un adolescent de 16 ans est poignardé à mort, et en août 2024, Seth Moushoom, 25 ans, meurt lors d’une bagarre. En avril 2026, un autre homme de la communauté est tué à Val-d’Or. La Sûreté du Québec (SQ) est intervenue 14 fois en 2025 pour des voies de fait ou des tentatives d’homicide, contre 8 fois en 2024. En 2026, bien que les interventions aient diminué, les résidents vivent dans la peur et évitent de sortir après la tombée de la nuit. Les attaques, souvent liées à des règlements de comptes entre gangs, choquent particulièrement les jeunes, comme Marie-Ange Poucachiche, 20 ans, ou Maryssa Mitchell Papatie, 17 ans, qui dénoncent une violence devenue « normalisée ».
Malgré la présence policière, les habitants de Lac-Simon hésitent à porter plainte par peur des représailles. Les témoins et les victimes refusent souvent de parler, même après des agressions graves, comme des coups de bâton de baseball ou des jets de poivre de Cayenne. L’agente sociocommunautaire Marie-Ève Pelchat explique que ces silences empêchent les policiers d’agir, car sans dénonciation, aucune accusation ne peut être déposée. Le chef Wabanonik encourage pourtant les résidents à signaler les incidents, en insistant sur la confidentialité des services. En 2026, 45 % de la population de Lac-Simon a moins de 20 ans, contre 20 % pour l’ensemble du Québec, ce qui complexifie la lutte contre la criminalité et la protection des jeunes.
Les violences à Lac-Simon sont souvent liées à des gangs locaux, où des adultes recrutent des mineurs pour commettre des actes criminels, comme vendre de la drogue ou participer à des règlements de comptes. Les jeunes déscolarisés ou sans emploi sont des cibles privilégiées, car ils sont plus vulnérables face aux promesses d’argent facile et de protection. Selon Marie-Ève Pelchat, ces adultes manipulent les adolescents en exploitant leur sentiment d’abandon et leur méfiance envers les institutions. En 2026, les bagarres ne se limitent plus aux coups de poing, mais incluent désormais des armes blanches et des aérosols de poivre de Cayenne, reflétant une escalade de la violence.
Face à cette crise, le conseil de bande de Lac-Simon a investi 20 millions de dollars dans un complexe sportif moderne, incluant une patinoire de taille NHL, un gymnase et des terrains extérieurs, directement reliés à l’école secondaire. Un programme sports-études et des camps de hockey gratuits pour les 5-16 ans sont également proposés. Ces initiatives visent à occuper les jeunes et à leur offrir des alternatives à la criminalité. Des sorties traditionnelles anishnabeg sont aussi organisées pour renouer avec la culture locale. Le chef Wabanonik insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective, impliquant les familles et les jeunes, pour briser le cycle de la violence. Malgré ces efforts, la situation reste fragile et dépend de la participation active de la communauté.

