Les centres de données sont derrière la moitié des demandes de mégawatts au Québec
De nombreux projets propulsés par l'intelligence artificielle réclament l'allocation de blocs d'électricité..
En 2026, la moitié des demandes d’allocation de mégawatts (MW) au Québec provient des centres de données, selon le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie. Sur un total de 5 390 MW en analyse au 30 septembre 2026, près de 2 500 MW sont destinés à cette industrie, soit l’équivalent de la consommation électrique de 2 millions de résidences. Ces chiffres illustrent une croissance fulgurante, liée notamment à l’expansion des projets d’intelligence artificielle (IA). Hydro-Québec, le fournisseur d’électricité provincial, souligne que cette demande record crée une pression importante sur les ressources énergétiques limitées du Québec. Un mégawatt (MW) représente 1 000 kilowatts (kW), une unité qui mesure la puissance électrique. Ces demandes s’ajoutent à un contexte où les infrastructures actuelles peinent à suivre, malgré les projets de développement d’Hydro-Québec prévus après 2028.
Face à cette demande massive, Hydro-Québec demande à la Régie de l’énergie du Québec d’autoriser un tarif d’électricité spécial pour les centres de données. Actuellement, ces centres paient en moyenne 6,8 cents le kilowattheure (kWh). Hydro-Québec propose de doubler ce tarif à 13 cents le kWh. Cette mesure vise à financer les investissements nécessaires pour moderniser le réseau électrique et éviter une hausse des coûts pour les autres consommateurs. Le kilowattheure (kWh) est l’unité de mesure de la consommation d’électricité, équivalent à 1 000 watts utilisés pendant une heure. Aux États-Unis, une demande similaire a déjà provoqué une hausse des prix de l’électricité, car les nouvelles infrastructures sont répercutées sur l’ensemble des tarifs. La Régie doit trancher sur cette proposition dans le cadre d’audiences en cours.
Les centres de données sont des infrastructures qui hébergent des serveurs et des systèmes de stockage pour le traitement des données, notamment pour l’IA et les cryptomonnaies. Au Québec, il existe déjà 72 centres de données actifs, dont celui d’Amazon Web Services à Varennes. Quatre autres sont en construction, dont un projet de Microsoft à Donnacona. Ces centres génèrent des retombées économiques importantes, mais leur consommation énergétique est colossale. Par exemple, Google prévoit un centre de 63 hectares à Beauharnois, demandant 380 MW, soit plus que l’ancien projet de batteries de Northvolt. Cependant, leur développement suscite des débats, notamment sur leur impact environnemental et social. Le gouvernement québécois évalue les projets selon sept critères, dont les retombées économiques et les impacts environnementaux, avant d’accorder des mégawatts.
Les entreprises comme Google, Keel Infrastructure et la Coalition des centres de données s’opposent au tarif spécial proposé par Hydro-Québec. Elles estiment que cette mesure est discriminatoire et inéquitable, car elle impose un traitement différent sans justification claire des coûts supplémentaires. Selon Google, les tarifs devraient rester neutres pour tous les clients, sauf si une distinction est justifiée par des coûts réels. Keel Infrastructure, dont un projet à Sherbrooke est contesté par la population, dénonce également une discrimination indue. Ces entreprises affirment que les investissements dans le réseau électrique sont nécessaires, mais que leur financement ne devrait pas reposer uniquement sur leur dos. La Régie de l’énergie doit arbitrer ce différend dans les prochains mois.
Le Québec dispose d’une marge très limitée pour accueillir de nouveaux projets industriels, avec seulement quelques centaines de mégawatts encore disponibles. Le gouvernement ne communique plus le nombre exact de blocs d’électricité restants, mais les sources indiquent que la situation est critique. Hydro-Québec prévoit d’ajouter de nouvelles capacités de production électrique seulement après 2028, dans le cadre de son vaste projet de décarbonation. D’ici là, les demandes excèdent largement l’offre, ce qui force le gouvernement à resserrer les critères d’attribution des mégawatts. Les sept critères incluent la capacité technique d’Hydro-Québec, les retombées économiques, les impacts environnementaux et sociaux, ainsi que la maturité des projets. Cette rareté des ressources crée une concurrence accrue entre les industries pour obtenir des allocations d’électricité.
Le phénomène des centres de données ne se limite pas au Québec. Au Canada, leur nombre explose : en juillet 2026, 159 projets étaient en construction ou en planification, selon une étude de l’Université York. Parmi eux, 116 devraient avoir une capacité supérieure à 100 MW, une première au pays. Actuellement, le Canada compte cinq centres de données d’une capacité d’au moins 50 MW. Cette croissance reflète une tendance mondiale, où l’IA et les cryptomonnaies nécessitent des infrastructures toujours plus gourmandes en énergie. Aux États-Unis, la forte demande a déjà fait monter les prix de l’électricité, obligeant les consommateurs à financer les nouvelles infrastructures. Au Québec, cette dynamique pousse les autorités à repenser la gestion de l’électricité pour concilier développement industriel et équité tarifaire.

