En Asie, ces femmes DJ qui s’allient pour se faire une place
Dans un monde de la nuit encore dominé par les hommes, elles s’entraident pour s’imposer. Des Philippines à Hong Kong en passant par Tokyo, ces DJ montent des collectifs et s’appuient sur une forme de sororité régionale pour contrer les obstacles et les discriminations, raconte “The South China Morning Post”..
Dans un milieu nocturne encore largement dominé par les hommes, des DJ femmes d'Asie s'organisent en collectifs pour s'imposer. Cette dynamique, observée de Manille à Tokyo en passant par Hong Kong, repose sur une forme de sororité régionale. Elles partagent des ressources, des scènes et des conseils pour contourner les obstacles, notamment les discriminations et le manque d'opportunités dans un secteur très masculin. Leur alliance leur permet de créer des espaces dédiés à la musique électronique féminine et de mutualiser leurs forces pour peser face aux clubs et aux organisateurs traditionnels.
Camille Banzon, DJ philippine de 39 ans, est une figure de ce mouvement. À l'origine gérante d'une auberge de jeunesse sur l'île de Siargao, elle a découvert le DJing en organisant des soirées pour animer les lieux. En 2021, après le passage d'un typhon dévastateur, elle s'installe à Manille et développe un style unique, mélangeant la bass music et la jungle (des genres électroniques nés au Royaume-Uni dans les années 1990) avec des rythmes traditionnels philippins. En 2023, elle lance sa première soirée de bass music sous le pseudonyme Ezzrei, malgré le monopole des clubs sur la vie nocturne locale.
Les clubs philippins, contrôlés par des hommes, ont d'abord refusé de lui ouvrir leurs portes. Pourtant, ses soirées ont rapidement rencontré un vif succès, attirant même des DJs renommés qui ont accepté de jouer gratuitement. En cinq ans, les soirées de bass music se sont multipliées dans tout l'archipel, reflétant une tendance plus large. Camille Banzon souligne que cette progression s'inscrit dans une volonté collective de visibilité et d'autonomie, loin des schémas traditionnels où les femmes sont souvent reléguées à des rôles secondaires dans la scène musicale.
Pour renforcer leur impact, les DJ asiatiques forment des collectifs comme Continuum Bass, fondé par Camille Banzon. Ces groupes permettent de partager des scènes, des équipements et des connaissances, tout en organisant des événements dédiés aux femmes. Cette solidarité dépasse les frontières nationales, créant un réseau régional où les DJs s'entraident pour obtenir des résidences dans des clubs, négocier des cachets équitables ou simplement échanger des conseils techniques. Leur approche collective vise à briser l'isolement et à créer une véritable communauté professionnelle.
Cette dynamique s'inscrit dans un contexte plus large où les femmes en Asie cherchent à s'imposer dans des secteurs traditionnellement masculins. Les DJs asiatiques, comme leurs homologues dans d'autres domaines, font face à des défis spécifiques : stéréotypes de genre, manque de représentation dans les médias et réseaux dominés par les hommes. Leur stratégie repose sur la création de leurs propres espaces, où elles peuvent contrôler l'ambiance, la programmation et les conditions de travail. Cette approche proactive reflète une volonté de rééquilibrer les rapports de force dans un milieu culturel encore très inégalitaire.

