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Géopolitique

À Montmartre, le passage du Tour de France n’est pas une bonne nouvelle

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Le dimanche 26 juillet, la Grande Boucle passera pour la deuxième année consécutive par le quartier du XVIIIe arrondissement de la capitale, avant de se terminer sur les Champs-Élysées. Le correspondant à Paris du titre autrichien “Der Standard” est parti en reportage à Montmartre, à la rencontre des habitants, las du surtourisme..

Montmartre face au surtourisme

Le quartier de Montmartre, à Paris, subit depuis plusieurs années une hausse massive de fréquentation touristique. Selon l’Association de défense de Montmartre et du XVIIIe arrondissement, le quartier accueille près de 30 000 visiteurs par jour. Cette affluence a transformé l’image historique et bohème du lieu, autrefois prisé par les peintres, les poètes et les rebelles de la Commune de Paris. Les habitants, au nombre de 27 000, décrivent une situation de surtourisme (afflux excessif de touristes dans un espace limité), qui perturbe leur quotidien. Ce phénomène s’est aggravé depuis les années 2000, notamment après la sortie du film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain en 2001 et de la série Emily in Paris en 2020, qui ont popularisé le quartier à l’international.

Usure des symboles locaux

Un symbole emblématique de Montmartre, la statue en bronze de Dalida située place Dalida, subit les conséquences du surtourisme. Les visiteurs touchent fréquemment la poitrine de la statue, croyant que cela porte bonheur, ce qui a provoqué une usure visible et une oxydation du métal. Cette pratique, bien que anodine en apparence, illustre l’impact physique du tourisme de masse sur les lieux culturels. Les habitants, comme la riveraine interrogée par le journaliste, observent cette dégradation avec résignation, tout en soulignant que ces gestes quotidiens reflètent une perte de respect pour les lieux emblématiques du quartier.

Prix de l'immobilier en hausse

Le marché immobilier de Montmartre a connu une flambée des prix, atteignant jusqu’à 15 000 euros le mètre carré, soit environ 2 000 euros de plus que le prix médian dans Paris. Cette hausse a rendu le quartier inaccessible pour les foyers à revenu modeste, remplacés par des professions plus aisées comme des avocats, des médecins ou des banquiers. En 2024, un changement symbolique s’est produit avec la fermeture du Club Lepic Abbesses Pétanque, un lieu historique, remplacé par un hôtel de luxe. Ces transformations économiques et sociales illustrent la gentrification (processus d’embourgeoisement) de Montmartre, qui éloigne progressivement ses habitants d’origine.

Impact du Tour de France

Le passage du Tour de France à Montmartre, prévu pour le 26 juillet 2025, suscite peu d’enthousiasme parmi les habitants. Pour la directrice de l’Association de défense de Montmartre et du XVIIIe arrondissement, Béatrice Dunner, cet événement risque d’attirer encore plus de touristes, ce qui n’est pas souhaité. Le Tour de France, course cycliste emblématique, est déjà passé par le quartier en 2024, et sa répétition pourrait devenir une habitude. Les Montmartrois craignent que cette médiatisation supplémentaire aggrave la saturation du quartier, déjà très fréquenté, et accélère les transformations subies par le quartier.

Ce que ça pourrait changer

Les habitants de Montmartre, comme Béatrice Dunner, expriment une lassitude face à la transformation de leur quartier. Par exemple, la directrice de l’association locale doit négocier avec la boulangerie de la rue des Martyrs pour éviter les files d’attente, réservées aux touristes qui photographient les pâtisseries. Les riverains dénoncent une perte d’authenticité et une standardisation des commerces, remplacés par des enseignes touristiques. Malgré cela, certains habitants trouvent des astuces pour préserver leur quotidien, comme des accords informels avec les commerçants, mais ces solutions restent ponctuelles et ne résolvent pas le problème structurel du surtourisme.

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