Navi Pillay’s Nobel Peace Prize is an example of how international law trumps the law of the jungle
KEY TAKEAWAYS In awarding the honour to Navi Pillay, a former UN High Commissioner for Human Rights and a leading figure in international criminal justice, the Nobel Committee places defending victims and the responsibility of states at the heart of building peace. The choice is particularly significant at a time when multilateral institutions are weakened and international crimes go largely unpunished.
Le 9 octobre 2026, le Comité Nobel norvégien a décerné le prix Nobel de la paix à Navanethem « Navi » Pillay, une juriste sud-africaine de 85 ans, pour son engagement en faveur de la paix et du droit international. Ce prix met en lumière son travail de toute une vie pour tenir les États et leurs dirigeants responsables de leurs actes, tout en donnant une voix aux victimes de violences et de conflits. Le comité a souligné sa contribution à l’établissement d’un ordre juridique international capable de poursuivre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. Cette distinction dépasse la reconnaissance individuelle : elle pose une question centrale en science politique, à savoir comment construire la paix lorsque les rapports de force militaires, les intérêts nationaux et les calculs des grandes puissances priment souvent sur les règles communes.
Née le 23 septembre 1941 à Durban, Navi Pillay a grandi sous le régime de l’apartheid, un système de ségrégation raciale institutionnalisé en Afrique du Sud à partir de 1948. Malgré les discriminations subies par sa communauté d’origine indienne tamoule, elle a réussi à étudier le droit et est devenue avocate en 1967, fondant le premier cabinet d’avocats dirigé par une femme dans la province du Natal. Elle a défendu des opposants à l’apartheid, risquant la répression dans un contexte politique répressif. Après la transition démocratique en Afrique du Sud au début des années 1990, elle est devenue en 1995 la première femme de couleur à siéger à la Haute Cour sud-africaine. En 1995, elle a également été nommée juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), créé par le Conseil de sécurité de l’ONU pour juger les responsables du génocide des Tutsi, qui a fait environ 800 000 morts. Elle y a contribué à faire reconnaître le viol comme un crime de guerre, une avancée majeure en droit international.
Entre 1999 et 2003, Navi Pillay a présidé le TPIR, puis a rejoint la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye en 2003. De 2008 à 2014, elle a occupé le poste de Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, où elle a défendu l’universalité des droits humains, même face à des gouvernements puissants. Son parcours, allant de la lutte contre l’apartheid aux tribunaux internationaux, illustre une cohérence : la justice comme condition de la paix durable, conformément aux principes de l’ONU. En 2021, elle a présidé la Commission d’enquête indépendante de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, qui a publié en septembre 2025 un rapport concluant à un génocide dans la bande de Gaza et désignant des responsables israéliens de haut niveau.
Le prix Nobel de la paix est décerné depuis 1901 selon une procédure spécifique. Alfred Nobel, dans son testament de 1895, a confié le choix du lauréat à un comité de cinq membres nommés par le Parlement norvégien (Storting). Contrairement aux autres prix Nobel attribués par des institutions suédoises, ce comité est indépendant. Le processus de sélection s’étale sur plusieurs mois : les candidatures doivent être soumises avant le 31 janvier et proviennent de parlementaires, ministres, chefs d’État, universitaires ou anciens lauréats. En 2026, 287 candidats (208 personnes et 79 organisations) ont été enregistrés. Le comité établit une shortlist après vérification des propositions, puis délibère jusqu’à l’automne pour désigner le lauréat. Les noms des candidats et les documents restent confidentiels pendant 50 ans.
L’histoire du prix Nobel de la paix montre que ses choix peuvent susciter des polémiques. Par exemple, Henry Kissinger (1973), Barack Obama (2009), l’Union européenne (2012) ou le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed (2019) ont fait l’objet de critiques. La sélection de Navi Pillay en 2026 pourrait également déplaire à certains, notamment Donald Trump, qui avait exprimé son ambition d’obtenir ce prix en 2026, affirmant avoir « mis fin à huit guerres ». Cependant, ses politiques intérieures et internationales, jugées contraires au droit international, rendent cette attribution improbable. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu a déjà réagi négativement à ce prix, en raison du rapport de Pillay sur le génocide à Gaza, rejeté par Israël et les États-Unis.
Le choix de Navi Pillay intervient dans un contexte de crise de l’ordre international. Son parcours rappelle que les institutions juridiques internationales, notamment celles de l’ONU, sont des espaces où les droits des victimes sont reconnus, les faits documentés et les dirigeants tenus de rendre des comptes, au-delà de leurs intérêts immédiats. Ce prix, le quatrième attribué à l’Afrique du Sud après Albert John Luthuli (1960), Desmond Tutu (1984) et Nelson Mandela/Frederik De Klerk (1993), est également le 21e décerné à une femme sur 113 lauréats, soit moins d’un cinquième du total. En honorant une juriste ayant lutté contre l’apartheid et les crimes internationaux, le Comité Nobel rappelle que la paix se mesure aussi à la capacité des sociétés à faire respecter des règles communes et démocratiques, conformément au droit international, même si ce concept reste parfois controversé.

