France’s student uprising and young people’s mental health – what are the common causes?
KEY TAKEAWAYS Links between conditions in schools and higher education institutions in France and young people’s mental health are up for debate amid the student protest movement . Studies objectify the psychological difficulties experienced by many young people, from middle school onwards, more frequent among girls than boys.
Depuis septembre 2026, des dizaines de milliers d'élèves et d'étudiants manifestent en France pour dénoncer des conditions d'enseignement jugées dégradées. Leurs revendications portent sur le manque d'enseignants remplaçants, des emplois du temps inadaptés, des bâtiments scolaires vétustes et une réforme du système d'admission dans le supérieur appelé Parcoursup. Ces protestations reflètent un malaise profond lié à la pression scolaire et à l'anxiété générée par un environnement d'apprentissage peu propice au bien-être psychologique. Les étudiants pointent également les inégalités sociales persistantes au sein du système éducatif secondaire et universitaire.
Selon l'enquête EnCLASS menée en 2024 par Santé publique France, 45 % des collégiens (élèves de 6e, 5e et 4e) déclarent souffrir d'au moins un trouble psychologique (dépression, irritabilité ou nervosité) plus d'une fois par semaine depuis au moins six mois. Parmi eux, 32 % se disent nerveux, 29 % irritables et 21 % dépressifs. Ces difficultés sont plus fréquentes chez les filles et s'aggravent avec l'âge. Chez les garçons, les niveaux de détresse psychologique restent légèrement inférieurs à ceux observés en 2022. L'adolescence étant une période de transformations physiques et émotionnelles, ces résultats soulignent une tendance préoccupante, accélérée par la pandémie de Covid-19.
Chez les lycéens, la situation est encore plus alarmante : 19 % présentent une tendance dépressive marquée et 20 % ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Par ailleurs, 15 % des lycéens ont déjà tenté de se suicider au cours de leur vie. Ces chiffres illustrent une détérioration significative de la santé mentale chez les jeunes en France, avec des disparités selon le genre. Les filles sont davantage touchées que les garçons, et les symptômes s'intensifient avec l'avancée dans le cursus scolaire.
Chez les 18-29 ans, les troubles psychologiques persistent après la fin des études secondaires. En 2024, un jeune adulte sur cinq (21 %) a connu un épisode dépressif sévère au cours des 12 derniers mois, et 7 % ont vécu un épisode grave. Les troubles anxieux généralisés concernent 8 % de cette tranche d'âge, un taux supérieur à celui des autres groupes d'âge. De plus, 8,6 % des 18-29 ans ont eu des pensées suicidaires dans l'année écoulée, et 6,7 % ont déjà tenté de se suicider. Ces chiffres, plus élevés que dans les générations précédentes, pourraient refléter un effet générationnel lié à des facteurs multiples comme la précarité, l'impact des réseaux sociaux ou la dégradation globale de la santé mentale.
La pandémie de Covid-19 a profondément affecté la santé mentale des jeunes en France. Cinq ans après sa fin, les niveaux de troubles psychologiques restent élevés, notamment chez les filles âgées de 11 à 17 ans et chez les 18-24 ans des deux sexes. Les hospitalisations pour actes auto-infligés, y compris les tentatives de suicide, ont augmenté en 2024 par rapport aux trois années précédentes. Cette tendance s'inscrit dans un contexte plus large de crises (conflits armés, changement climatique) et de précarité économique, qui contribuent à un sentiment général d'inquiétude chez les jeunes.
La hausse de la précarité en France pourrait jouer un rôle dans la dégradation de la santé mentale des jeunes. Le taux de pauvreté est passé de 14 % en 2016 à 15,4 % en 2024, un niveau inédit depuis 30 ans. Les familles monoparentales, qui représentent 25 % des adolescents en France, sont particulièrement touchées, avec 30 % de leurs membres vivant sous le seuil de pauvreté. Ces inégalités socio-économiques, combinées à d'autres facteurs comme l'exposition aux réseaux sociaux, pourraient expliquer en partie l'augmentation des troubles psychologiques chez les jeunes.
La pression scolaire est un facteur majeur de stress chez les élèves français. Le système d'admission dans le supérieur, Parcoursup, est souvent pointé du doigt pour son opacité et son impact sur l'anxiété des lycéens. Les études internationales, comme l'enquête Health Behavior in School-Aged Children (HBSC) de l'OMS, montrent que les élèves français, en particulier les filles, subissent une pression scolaire accrue. En 2014, 40 % des filles de 15 ans déclaraient ressentir une forte pression scolaire, contre 60 % en 2022. Cette pression provient des programmes scolaires chargés, des méthodes d'évaluation et des conditions d'apprentissage, mais aussi du manque de soutien perçu de la part des enseignants.
L'environnement scolaire en France se caractérise par des classes surchargées, avec une moyenne de plus de 30 élèves par classe en 2023, contre 27 en 1990. Les lycéens français sont également moins nombreux à déclarer faire confiance à leurs enseignants : seulement 35 % estiment être soutenus par eux, contre 42 % en moyenne dans les autres pays. Par ailleurs, 48 % des élèves français se sentent soutenus par leurs pairs, un taux légèrement inférieur à la moyenne (53 %). Les enquêtes PISA confirment ces résultats, soulignant que 18 % des élèves de 15 ans estiment que les enseignants ne s'intéressent pas à leur réussite individuelle, contre 11 % en moyenne dans les autres pays.
La réforme du baccalauréat en 2018 a pu contribuer à l'isolement des élèves en supprimant certains enseignements et en individualisant les parcours scolaires. Cette réforme a également compliqué l'accès à l'enseignement supérieur, où seulement 35 % des étudiants obtiennent un diplôme en trois ans, contre 55 % qui quittent l'université sans diplôme. En comparaison, les taux européens sont de 45 % et 40 % respectivement. Cette situation génère une angoisse quant à l'avenir professionnel, amplifiée par un système d'admission dans le supérieur, Parcoursup, perçu comme injuste et opaque.
La France investit environ 13 500 € par élève sur l'ensemble de la scolarité, un montant comparable à la moyenne des pays de l'OCDE. Cependant, les dépenses publiques pour l'enseignement supérieur sont passées de 80 % en 2015 à 75 % en 2022, alors que le nombre d'étudiants a augmenté de 20 % sur la même période. Cette baisse relative des financements se traduit par un manque de places dans les filières, des enseignants non remplacés et une baisse de l'attractivité des concours de recrutement pour les professeurs certifiés. Ces contraintes aggravent les conditions d'apprentissage et contribuent à la détérioration de la santé mentale des jeunes.

