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Qu’est-ce qu’une forêt ? Pourquoi cette question est bien plus complexe qu’il n’y paraît

The Conversation France · mis à jour il y a 14 j

Forêt d’_Abies pinsapo_ et de pins d’Alep, Sierra de Los Nieves, Andalousie (Espagne). Thierry Gauquelin , Fourni par l'auteur L’ESSENTIEL Il existe au moins 1 000 définitions du mot « forêt ».

Définir une forêt

Le mot forêt semble simple à définir, mais en réalité, il existe au moins 1 000 définitions différentes selon les pays, les disciplines ou les objectifs. Par exemple, l'étymologie du terme a évolué au fil des siècles, passant de la taille des arbres à leur appartenance au pouvoir royal. Cette diversité de définitions n'est pas anodine : elle influence directement les politiques économiques, écologiques et climatiques. Une forêt peut être protégée par des lois spécifiques, bénéficier d'aides financières ou être soumise à des restrictions d'exploitation, selon la définition retenue. Ainsi, un même espace peut être considéré comme une forêt dans un pays et comme une plantation dans un autre, avec des conséquences majeures sur sa gestion et sa préservation.

Forêt vue par les écologues

Pour un écologue, une forêt est avant tout un écosystème complexe structuré par une strate arborée, c'est-à-dire un ensemble d'arbres formant un milieu de vie riche en biodiversité. Aujourd'hui, 80 % de la biodiversité terrestre se trouve dans les forêts, qui abritent des interactions infinies entre les êtres vivants et leur environnement. Par exemple, les champignons mycorhiziens, en symbiose avec les racines des arbres, permettent l'absorption d'eau et de minéraux essentiels. Les champignons saproxyliques, quant à eux, décomposent le bois mort et recyclent la matière organique, favorisant la fertilité du sol. La forêt se caractérise aussi par une stratification verticale de la lumière, de l'ombre et de l'humidité, créant des niches écologiques variées. Ainsi, une hêtraie peut abriter des plantes sciaphiles, qui supportent l'ombre, et des plantes vernales, comme les scilles lis-jacinthes, qui fleurissent avant que les feuilles des arbres ne bloquent la lumière.

Plantation vs forêt

Le botaniste Francis Hallé souligne une distinction cruciale : une plantation d'arbres, surtout si elle est monospécifique (composée d'une seule espèce), ne peut pas être considérée comme une forêt au sens écologique. Ces plantations, souvent comparées à des champs d'arbres, manquent de complexité et de biodiversité. Elles sont moins résilientes face aux incendies et ne remplissent pas les mêmes fonctions écologiques que les forêts naturelles, comme la régulation du climat ou la protection des sols. Par exemple, une plantation de pins maritimes dans les Landes de Gascogne ou une plantation d'eucalyptus au Maroc, ayant remplacé une forêt de chênes-lièges, illustrent cette différence. Cependant, certaines pratiques de sylviculture, comme l'introduction d'essences variées ou la gestion en couvert continu, peuvent permettre de transformer progressivement une plantation en forêt.

Définition administrative

Les définitions administratives, utilisées par des institutions comme la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) ou l'Inventaire forestier national, sont plus pragmatiques et statiques. Elles visent à uniformiser les statistiques à l'échelle mondiale. Selon ces définitions, une forêt doit avoir un couvert arboré supérieur à 10 % et une superficie d'au moins 0,5 hectare. Les arbres doivent pouvoir atteindre une hauteur minimale de 5 mètres à maturité. Cette approche inclut des formations végétales variées, comme les forêts méditerranéennes à faible densité d'arbres ou les steppes arborées d'arganiers au Maroc. Elle permet aussi d'intégrer des écosystèmes où les arbres jouent un rôle majeur sans occuper tout l'espace, comme dans certaines forêts tropicales ou tempérées.

Diversité des forêts

Les forêts se distinguent par leur structure, leur biodiversité, leur histoire et leur dynamique. Leur structure verticale peut être complexe, avec plusieurs strates (herbacées, arbustives, arborées), ou simplifiée, comme dans les mangroves. Le type d'arbres varie également : certains forment des futaies (troncs uniques), tandis que d'autres, comme les taillis, ont des troncs multiples issus de rejets de souche. La structure temporelle dépend aussi des saisons, avec des forêts caducifoliées (perdant leurs feuilles en hiver) ou sempervirentes (conservant leur feuillage). La biodiversité varie énormément : une forêt tropicale peut compter jusqu'à 600 espèces d'arbres par hectare, contre une quinzaine dans une forêt tempérée riche. Enfin, l'histoire des forêts influence leur état actuel, entre forêts primaires (non altérées par l'humain) et forêts récentes issues de la sylviculture.

Ce que ça pourrait changer

Les forêts subnaturelles, souvent matures et sans traces visibles d'exploitation depuis plusieurs siècles, se rapprochent le plus des forêts primaires en Europe. Leur sol est épais et en équilibre avec la végétation, ce qui en fait des puits de carbone efficaces et des remparts contre les incendies. Leur préservation est aujourd'hui une priorité, notamment pour s'adapter au changement climatique. Cependant, la définition administrative ne fait pas toujours la distinction entre ces forêts et des plantations, ce qui peut entraîner des confusions dans leur gestion. Par exemple, une forêt subnaturelle comme celle du massif de la Sainte-Baume en France illustre cette naturalité, avec une biodiversité et une complexité fonctionnelle élevées.

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