Pour un changement de régime à la FIFA
Trump et Infantino veulent s’accaparer le sport le plus populaire au monde. L’Union peut encore les en empêcher.
Le 28 juillet 2026, un journaliste a révélé l’existence d’un projet secret porté par Gianni Infantino, président de la FIFA, visant à céder 20 % des droits commerciaux de l’organisation à une société privée nommée FIFA Forward Enterprise (FFE). Ces droits incluent le sponsoring, la billetterie et les droits médias. La FIFA, association suisse à but non lucratif, aurait conservé la majorité des parts. Le fonds d’investissement Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner (frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump) et soutenu par la banque J.P. Morgan, devait rassembler les investisseurs. L’objectif affiché était de générer des fonds pour redistribuer jusqu’à 40 millions d’euros par fédération membre entre 2026 et 2033, afin de financer le développement du football. Cependant, ce plan a été abandonné dès le 1er août 2026 face à une forte opposition.
Derrière les justifications officielles, le plan d’Infantino semble avoir poursuivi des objectifs personnels. D’une part, il aurait permis de redistribuer des sommes importantes aux fédérations membres, dont les dirigeants voteraient pour sa réélection en 2027. D’autre part, la création de la FFE aurait offert à Infantino un poste de directeur général très bien rémunéré, incompatible avec son statut actuel de président d’une association à but non lucratif. Enfin, ce projet pourrait avoir servi les intérêts de Donald Trump, dont le clan est proche d’Infantino, en échange d’un soutien politique futur. La FIFA, malgré des revenus records après la Coupe du monde 2026, n’avait pas de besoin financier immédiat pour un tel montage.
Le plan a provoqué une levée de boucliers en Europe, où il a été perçu comme une tentative de privatisation déguisée du football mondial. L’UEFA (Union des associations européennes de football), représentant 55 fédérations, a menacé de boycotter les compétitions de la FIFA si le projet était adopté. Plusieurs dirigeants politiques européens ont également exprimé leur opposition. Bien que l’UEFA ne représente pas une majorité au sein de la FIFA (211 membres au total), son poids économique et sportif est crucial : une Coupe du monde sans équipes européennes perdrait une grande partie de sa valeur. Cette opposition a contraint Infantino à abandonner le plan en quelques jours.
La FIFA fonctionne selon un principe de « une association, une voix », où chaque fédération, quelle que soit sa taille, dispose d’un vote égal. Cette structure favorise le contrôle par des micro-associations, souvent dirigées par des élites locales, au détriment des grands pays footballistiques comme l’Allemagne ou la France. Ce système a permis à des présidents comme João Havelange (1974-1998) ou Sepp Blatter (1998-2015) de maintenir leur pouvoir en échangeant des faveurs (corruption, attribution de droits commerciaux) contre des voix. Gianni Infantino a perfectionné ce modèle en créant un programme de redistribution financière (FIFA Forward), où les aides ne sont pas proportionnelles aux besoins réels des fédérations, mais servent à acheter leur loyauté politique.
La FIFA se présente comme une organisation démocratique, mais ses mécanismes internes limitent fortement les contre-pouvoirs. Les organes juridictionnels (commissions disciplinaire, d’éthique ou de recours) sont composés de membres proposés par le Conseil de la FIFA, élu par le congrès, et peuvent être révoqués à tout moment. Leurs mandats courts (4 ans) et renouvelables les incitent à éviter tout conflit avec le président pour conserver leur poste. Par exemple, en 2017, la Commission de gouvernance a tenté de bloquer la candidature de Vitaly Mutko (alors ministre russe) au Conseil de la FIFA, mais Infantino a fait pression pour démettre son président, Miguel Maduro, un avocat général de la Cour de justice de l’UE. Ce manque d’indépendance explique pourquoi les dérives du président (comme l’attribution d’un Prix de la paix à Donald Trump en 2025) n’ont jamais été contestées en interne.
Le plan Infantino illustre les failles structurelles de la FIFA : un système clientéliste où le président concentre tous les pouvoirs, une justice interne soumise aux intérêts politiques, et une absence de transparence. Bien que le projet ait été abandonné, il révèle une tendance inquiétante : l’utilisation du football comme outil de pouvoir personnel et politique. Pour réformer la FIFA, l’article souligne la nécessité de renforcer les contre-pouvoirs, d’introduire des mécanismes de contrôle démocratique (comme une représentation proportionnelle aux licenciés), et de garantir l’indépendance des instances juridiques. Sans ces changements, des projets similaires pourraient resurgir, mettant en péril l’intégrité du football mondial. L’Union européenne, dont les fédérations ont joué un rôle clé dans l’échec du plan, pourrait jouer un rôle dans cette réforme.

