Pour un changement de régime à la FIFA
Le projet avorté de Gianni Infantino visant à céder 20 % des droits commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés, révélé à l’été 2026, révèle les failles structurelles d’une gouvernance mondiale du football où l’absence de contre-pouvoirs et la logique clientéliste transforment l’instance en un régime autoritaire déguisé. Au-delà du scandale ponctuel, cette tentative éclaire les mécanismes de capture institutionnelle qui permettent à un président de verrouiller le système à son profit, tout en interrogeant le rôle que pourrait jouer l’Union européenne pour imposer des garde-fous démocratiques dans un écosystème sportif devenu un pouvoir transnational.
Quels étaient les objectifs réels du plan Infantino et pourquoi a-t-il échoué en seulement trois jours ?
Le plan consistait à transférer les droits commerciaux de la FIFA à une société privée, la FIFA Forward Enterprise (FFE), dont la FIFA conserverait 80 % des parts, tandis que 20 % seraient vendus à des investisseurs comme le fonds Thrive Eternal, lié à la famille Kushner et à Donald Trump. Officiellement, l’opération devait financer le développement du football via des subventions aux fédérations membres, mais son objectif caché était surtout de sécuriser la réélection d’Infantino en achetant les voix des petites fédérations et de lui permettre de percevoir une rémunération élevée en tant que directeur de la FFE. L’échec rapide du projet s’explique par une levée de boucliers sans précédent, notamment de l’UEFA, dont le boycott aurait vidé la Coupe du monde de sa valeur commerciale, et par l’opposition politique en Europe, où la proximité d’Infantino avec Trump a cristallisé les critiques.
Pourquoi la FIFA fonctionne-t-elle comme un régime autoritaire déguisé en association démocratique ?
La FIFA repose sur un système où chaque fédération membre, quelle que soit sa taille, dispose d’une voix égale, ce qui permet à une minorité de petites fédérations de contrôler l’instance. Cette structure favorise une logique clientéliste, où le président distribue des fonds (via des programmes comme FIFA Forward) pour s’assurer une majorité stable au congrès. Les contre-pouvoirs sont inexistants : les organes juridictionnels ou éthiques sont nommés et révocables par le congrès, et leur indépendance est illusoire, comme l’a montré l’éviction du professeur Miguel Maduro en 2017 après qu’il ait refusé une candidature controversée. Le président cumule ainsi tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, sans aucune séparation réelle des pouvoirs.
Quel rôle a joué l’Union européenne dans l’échec du plan Infantino, et pourquoi ce sujet la concerne-t-il ?
L’Union européenne a joué un rôle central dans l’échec du plan en coordonnant une opposition ferme, notamment de la part de l’UEFA, dont les membres ont menacé de boycotter les compétitions FIFA. Bien que l’UEFA ne représente qu’une minorité des voix au sein de la FIFA, son poids économique et sportif (via les clubs et les droits médias) rend une Coupe du monde sans équipes européennes inenvisageable. Ce sujet intéresse l’UE car la FIFA, en tant qu’instance régulatrice transnationale, exerce des fonctions de pouvoir public (législation, justice, redistribution des ressources) sans être soumise aux principes démocratiques ou aux règles de transparence qui s’appliquent aux institutions européennes. Son fonctionnement actuel entre en contradiction avec les valeurs de bonne gouvernance promues par Bruxelles.
Ce que ça pourrait changer
L’échec du plan Infantino ne garantit pas une réforme structurelle de la FIFA, mais il expose au grand jour les limites d’un système où un seul homme peut verrouiller l’ensemble de l’institution. À l’ère où le football devient un enjeu géopolitique et économique majeur, l’absence de contre-pouvoirs démocratiques dans sa gouvernance pose la question de la responsabilité des acteurs publics européens : doivent-ils se contenter de réagir aux scandales ponctuels ou imposer des normes contraignantes à une organisation qui, de fait, exerce des prérogatives publiques sans contrôle ? La crise révèle aussi que la légitimité d’une instance comme la FIFA ne peut plus reposer sur des mécanismes opaques et clientélistes, sous peine de saper sa crédibilité internationale.

