Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne
En quelques jours, la maire, trois adjoints et une conseillère municipale ont démissionné de leurs fonctions politiques à la mairie d’Étrechet. En cause : des désaccords sur un projet de centre de données Google, porté par l’agglomération de la ville voisine de Châteauroux.
En septembre 2026, plusieurs élus de la commune d’Étrechet, dans l’Indre, ont démissionné de leurs fonctions en signe de protestation contre un projet de centre de données porté par Google. Le 10 septembre, quatre adjoints au maire et une conseillère municipale ont annoncé leur démission collective, suivis le 15 septembre par la maire Florence Laurent elle-même. Ces départs s’expliquent par un désaccord profond avec la gestion du projet, jugé hors-norme et imposé sans consultation suffisante. Les élus dénoncent un manque de transparence, des risques environnementaux (consommation d’eau, tensions sur le réseau électrique) et des nuisances locales. Florence Laurent a précisé que son choix découlait de l’absence d’engagements concrets des porteurs du projet sur des questions comme la pollution visuelle, les PFAS (polluants éternels) ou la dévalorisation des habitations.
Le projet concerne la construction d’un centre de données géant à Ozans, près de Châteauroux, sur une parcelle de 195 hectares vendue en juin 2025 par la métropole de Châteauroux à Tricolore Computing, une filiale de Google. Ce centre doit s’étendre en deux phases : la première, prévue entre 2028 et 2029, prévoit un premier bâtiment et un raccordement électrique de 225 000 volts par RTE (Réseau de Transport d’Électricité). La seconde phase, à partir de 2031, prévoit 7 à 9 bâtiments supplémentaires et un second raccordement électrique. Le projet inclut aussi des infrastructures de refroidissement, dont l’utilisation de liquides potentiellement polluants. En avril 2026, la Commission nationale du débat public (CNDP) a imposé une concertation préalable, mais celle-ci a été critiquée pour son manque de transparence et son organisation tardive.
Sur le terrain, des citoyens se mobilisent depuis des mois, notamment via le collectif Ozans dire non. À l’échelle régionale, des inquiétudes sont exprimées par des élus écologistes comme Jérémie Godet, qui craint la création d’îlots de chaleur (zones où la température est significativement plus élevée qu’autour) et l’impact des PFAS (substances chimiques persistantes dans l’environnement) utilisés pour le refroidissement. Le vice-président écologiste de la Région Centre-Val de Loire souligne aussi les risques pour le réseau électrique local. Pourtant, le maire de Châteauroux, Gil Avérous, et le monde agricole ne s’opposent pas frontalement au projet, ayant même approuvé le projet lors de débats intercommunaux. Gil Avérous a salué l’engagement de Florence Laurent tout en rappelant que le projet avait toujours reçu l’aval des communes concernées.
Le cas d’Étrechet illustre un problème plus large en France : le manque de moyens pour les collectivités locales à maîtriser des projets d’envergure comme les centres de données. À Paris-Saclay, d’autres élus s’alarment de l’absence d’outils pour piloter ces infrastructures, qui pèsent sur les ressources locales, notamment le réseau électrique. La chercheuse Ophélie Coelho critique aussi le fait que les débats publics sont souvent organisés *après* la prise de décision, limitant leur portée à des consultations a posteriori plutôt qu’à une réelle influence sur les projets. La CNDP, chargée d’organiser ces concertations, est pointée du doigt pour son manque de réactivité et de transparence dans ce dossier.

