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Géopolitique

Divisée par Erdogan, l’opposition turque crée un nouveau parti

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

Le principal leader de l’opposition, chassé du parti historique, le CHP, par la justice, a annoncé créer un nouveau parti pour tenter de faire obstacle au président turc. La future formation a d’ores et déjà annoncé vouloir remplacer le régime présidentiel taillé sur mesure pour Recep Tayyip Erdogan..

Scission du CHP

Le 21 juillet 2026, Özgür Özel, ancien dirigeant du Cumhuriyet Halk Partisi (CHP), principal parti d'opposition en Turquie, annonce quitter le parti pour créer une nouvelle formation politique. Le CHP, fondé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, a longtemps dominé la vie politique turque comme parti unique. Özgür Özel justifie cette décision par des désaccords profonds avec la direction actuelle du CHP, notamment avec Kemal Kılıçdaroğlu, qui a repris la tête du parti en mai 2026 après une période de divisions internes. Özgür Özel critique ouvertement la collaboration perçue avec le pouvoir autoritaire du président turc, Recep Tayyip Erdogan (islamo-nationaliste), et dénonce la perte d'indépendance du CHP.

Causes de la crise

La crise au sein du CHP s'aggrave depuis mars 2025, date à laquelle Ekrem İmamoğlu, maire d'Istanbul et figure majeure de l'opposition, est emprisonné. En mai 2026, la justice turque destitue Kemal Kılıçdaroğlu de son poste de chef du parti pour le remplacer par son prédécesseur, accentuant les tensions. Özgür Özel dénonce un processus antidémocratique et une mainmise du pouvoir sur le CHP. Les divisions internes sont telles que près de 100 députés sur les 138 du CHP pourraient rejoindre le nouveau parti, selon la chaîne Deutsche Welle Türkçe. Özgür Özel lui-même est menacé de multiples procès, et 25 anciens collègues du CHP sont prêts à voter pour lever son immunité parlementaire.

Projets du nouveau parti

Le nouveau parti, dont la création officielle est prévue pour septembre 2026, propose plusieurs mesures phares pour contrer le régime présidentiel actuel. Il vise d'abord à rétablir une démocratie parlementaire, en remplaçant le système présidentiel hypercentralisé mis en place par Erdogan. Il promet également l'indépendance de la justice, un enjeu majeur en Turquie où les juges sont souvent accusés de partialité. Le parti envisage aussi des mesures sociales pour atténuer les effets de l'inflation et des inégalités, ciblant particulièrement les retraités et les travailleurs payés au salaire minimum. Ces propositions pourraient attirer des électeurs conservateurs, kurdes et de gauche, selon la politologue Seren Selvin Korkmaz.

Ce que ça pourrait changer

La réussite du nouveau parti dépendra de sa capacité à fédérer au-delà des clivages traditionnels. Seren Selvin Korkmaz estime que si la formation est bien gérée, la stratégie d'Erdogan pour diviser l'opposition pourrait se retourner contre lui. Cependant, Özgür Özel fait face à des risques juridiques et politiques : ses anciens collègues pourraient voter pour lever son immunité, ce qui le rendrait vulnérable à des poursuites. Le contexte est marqué par un pouvoir autoritaire en Turquie, où l'opposition est régulièrement réprimée. La création de ce nouveau parti pourrait donc soit renforcer l'opposition, soit l'affaiblir davantage si elle échoue à s'unir.

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