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Au Brésil, l’affaire Banco Master fait trembler le monde politique et éclabousse la campagne présidentielle

The Conversation France · mis à jour 25 sept.

L’ESSENTIEL Le Brésil est secoué par le scandale Banco Master, une vaste affaire de fraude bancaire aux ramifications politiques et judiciaires. L’affaire met en lumière les profondes tensions entre la présidence, le Congrès et la Cour suprême.

Scandale Banco Master

En novembre 2025, le banquier Daniel Vorcaro est arrêté à l’aéroport de Guarulhos (São Paulo) pour fraude bancaire, corruption et blanchiment d’argent. Sa banque, Banco Master, est placée en liquidation par la Banque centrale brésilienne en février 2026 en raison d’une crise de liquidités et de violations graves de la réglementation financière. Les pertes s’élèvent à 47,3 milliards de réaux (environ 8 milliards d’euros), le plus important remboursement de l’histoire du Fonds de garantie des crédits (FGC), l’équivalent brésilien du Fonds de garantie des dépôts français. Vorcaro aurait orchestré un vaste réseau d’influence mêlant économistes, influenceurs, hauts fonctionnaires, politiques et juges pour échapper aux contrôles et intimider ses détracteurs, allant jusqu’à envisager des violences physiques. L’affaire éclate à quelques mois de l’élection présidentielle brésilienne de 2026, menaçant la stabilité démocratique du pays.

Contexte politique brésilien

Le Brésil est marqué par un déséquilibre institutionnel croissant entre les trois pouvoirs : le Congrès, la Cour suprême et la présidence. Depuis 2016, le Congrès a renforcé son pouvoir budgétaire, passant de 12,9 milliards de réaux (2,2 milliards d’euros) en 2017 à 61 milliards (10,3 milliards de dollars) en 2026, soit un quart des dépenses discrétionnaires de l’État fédéral. La Cour suprême, sous la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022), a étendu son rôle politique, notamment en protégeant la démocratie lors de la tentative de coup d’État de 2022. Aujourd’hui, sous Lula da Silva (président depuis 2023), ce déséquilibre persiste, avec une présidence affaiblie face aux deux autres pouvoirs. Cette fragmentation institutionnelle a permis à Vorcaro de corrompre séparément chaque pouvoir pour éviter toute intervention contre ses activités illégales.

Réseau d’influence de Vorcaro

Vorcaro a tissé un réseau d’influence transversal, transcendant les clivages politiques. À droite, il aurait financé des responsables comme Ciro Nogueira (ancien ministre de Bolsonaro) et versé 12,3 millions de dollars pour le film Dark Horse sur Bolsonaro, dont 1,6 million directement demandés par Flávio Bolsonaro (fils de l’ancien président et candidat à la présidentielle). À gauche, Jaques Wagner (sénateur et allié de Lula) aurait reçu un appartement et 3,5 millions de réaux (600 000 euros), tandis que Rui Costa (ancien gouverneur de Bahia et chef de cabinet de Lula) aurait favorisé ses affaires dès 2018. Au sein de la justice, des soupçons pèsent sur le juge Dias Toffoli (35 millions de réaux versés à un complexe hôtelier où il détient des parts) et Alexandre de Moraes (22 millions d’euros de contrats signés par le cabinet de son épouse avec Banco Master). Ces liens illustrent l’ampleur de la corruption systémique au Brésil.

Crise institutionnelle et élections

L’affaire Banco Master s’invite dans la campagne présidentielle de 2026, opposant Lula da Silva et Flávio Bolsonaro. Lula, affaibli, a demandé la publication de toutes les pièces du dossier mais peine à en tirer profit électoral. Flávio Bolsonaro, qui réclame la démission du juge Alexandre de Moraes (accusé de liens avec Vorcaro), est lui-même compromis par les 12,3 millions de dollars versés pour le film de son père. Un autre acteur clé, André Mendonça (juge à la Cour suprême et ancien ministre de Bolsonaro), instrumentalise l’enquête pour affaiblir Moraes, accusé par l’extrême droite de partialité. Cette guerre interne fragilise davantage la Cour suprême, déjà cible de l’extrême droite brésilienne. Le scandale pourrait soit être étouffé en cas de victoire de Flávio Bolsonaro, soit relancer les tensions si Lula est réélu, sans garantie de stabilisation des institutions.

Ce que ça pourrait changer

Le scandale Banco Master révèle les failles d’un système politique brésilien de plus en plus dysfonctionnel. Vorcaro a exploité les divisions entre les pouvoirs pour corrompre des acteurs clés, mettant en lumière la vulnérabilité des institutions face à la corruption. Si Flávio Bolsonaro l’emporte, le scandale pourrait être minimisé, mais au prix d’une possible destitution des juges de la Cour suprême, une stratégie déjà observée dans d’autres pays comme la Hongrie ou les États-Unis. En cas de réélection de Lula, celui-ci devra non seulement préserver la démocratie, mais aussi réparer un système politique miné par la corruption et les tensions institutionnelles. Les élections d’octobre 2026 s’annoncent décisives pour l’avenir démocratique du Brésil, dans un contexte où les scandales comme celui de Banco Master risquent de se multiplier.

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