Les réserves québécoises de sirop d’érable sont écoulées
La forte demande est en cause, disent les producteurs acéricoles, qui demandent un coup de pouce de l’État..
La réserve stratégique de sirop d’érable québécoise, gérée par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), est entièrement écoulée à l’automne 2026. Cette réserve servait à stabiliser l’approvisionnement et les prix en cas de fluctuations de la production, elle-même dépendante des conditions météorologiques. Sans cette marge de manœuvre, l’industrie craint de perdre des clients si la météo devient défavorable, comme ce fut le cas en 2007 et 2008. À cette époque, des ruptures de stocks avaient poussé certains acheteurs à se tourner vers d’autres produits sucrés, modifiant durablement leurs habitudes de consommation. Le président des PPAQ, Luc Goulet, souligne que cette situation pourrait se reproduire sans intervention gouvernementale.
La demande en sirop d’érable québécois est en forte croissance, notamment à l’international. Selon le Conseil de l’industrie de l’érable (CIE), les exportations ont augmenté de 9,34 % en 2024 par rapport à 2023, puis de 15,8 % en 2025. Cette accélération s’explique en partie par des craintes commerciales : en 2025, des clients américains ont massivement stocké du sirop, redoutant l’instauration de droits de douane par l’administration de Donald Trump. Pour 2026, la progression des exportations reste positive (+2,48 % de janvier à août par rapport à 2025), bien que plus modérée. Le président du CIE, Louis Turenne, note que « c’est toujours difficile de battre une année exceptionnelle ».
Malgré cette forte demande, l’industrie acéricole québécoise estime avoir un potentiel de développement encore inexploité. Selon Luc Goulet des PPAQ, de nombreuses érablières pourraient être mises en production pour répondre à la demande. Cependant, les investissements actuels du gouvernement québécois sont jugés insuffisants par les acteurs du secteur. Goulet critique le discours selon lequel l’industrie n’aurait pas besoin de soutien, affirmant que « ce discours-là, je ne l’accepte plus au niveau gouvernemental ». Il espère que le nouveau gouvernement péquiste (Parti Québécois) répondra à leurs demandes. Pour sa part, Louis Turenne du CIE souligne que des aides financières aux producteurs et aux transformateurs pourraient stimuler la production et la recherche de nouveaux marchés.
Le marché américain reste le principal débouché pour le sirop d’érable québécois, représentant 65 % des exportations en 2026. Cette dépendance est en légère baisse par rapport à il y a 20 ans, où les États-Unis absorbaient 80 % des exportations. Pour réduire ce risque, l’industrie cherche à diversifier ses marchés, notamment en Europe, en Australie et en Asie. Louis Turenne du CIE insiste sur la nécessité d’accélérer cette ouverture pour limiter l’impact d’éventuelles tensions commerciales avec les États-Unis. Cette stratégie vise à sécuriser les débouchés à long terme et à réduire la vulnérabilité de l’industrie aux fluctuations d’un seul marché.
L’industrie acéricole est un pilier économique du Québec. Elle représente plus de 70 % de la production nord-américaine de sirop d’érable et génère un impact économique significatif. En 2025, le secteur a contribué à hauteur de 1,21 milliard de dollars au produit intérieur brut (PIB) québécois, selon un rapport commandé par les PPAQ et le CIE. Il emploie plus de 10 000 personnes en équivalent temps plein et a généré 285 millions de dollars de recettes fiscales (hors taxes municipales et redevances pour les terres publiques). À cela s’ajoutent les retombées des cabanes à sucre, qui attirent de nombreux visiteurs au printemps et stimulent l’économie locale, bien qu’elles ne soient pas comptabilisées dans ces chiffres.
L’acériculture joue un rôle clé dans le dynamisme des régions rurales du Québec. Luc Goulet des PPAQ souligne que sans cette industrie, certains villages pourraient disparaître. Lors de la dernière campagne électorale, les producteurs ont sensibilisé les candidats à l’importance économique et sociale de leur secteur. Goulet note que beaucoup de candidats étaient surpris par l’ampleur des retombées économiques générées, notamment en termes d’emplois et de vitalité locale. Il insiste sur la nécessité pour le gouvernement de reconnaître le rôle stratégique de l’acériculture, non seulement comme une filière prospère, mais aussi comme un levier de développement régional.

