Culture Montréal réclame 3 % du budget du Québec pour le secteur culturel
L'organisme montréalais a dévoilé ses 37 recommandations pour le prochain gouvernement du Québec..
Culture Montréal, une organisation dédiée à la promotion de la culture au Québec, a présenté 37 recommandations pour le prochain gouvernement provincial, à quelques jours du début de la campagne électorale. Parmi ces suggestions, l'organisme propose d'augmenter progressivement la part du budget québécois allouée à la culture, passant de 1,85 % actuellement à 3 % d'ici quatre ans. Cette augmentation vise à renforcer la souveraineté culturelle du Québec, c'est-à-dire sa capacité à préserver et à développer sa propre identité culturelle face à des influences extérieures, notamment américaines. Culture Montréal souligne que chaque dollar investi dans la culture génère 1,66 $ de retombées économiques, ce qui en fait un investissement plutôt qu'une dépense. L'organisme insiste sur la nécessité de faire de la culture une priorité nationale, en la considérant comme une mission d'État.
Les recommandations de Culture Montréal surviennent dans un contexte de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis. En août 2026, le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé la suspension des négociations commerciales avec l'administration du président américain Donald Trump, entraînant l'entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains de 50 % sur une large gamme de produits canadiens. Carney a affirmé que le Canada ne ferait pas de compromis sur sa souveraineté culturelle, notamment la protection de la langue française et la découvrabilité des contenus francophones. Cette situation met en lumière l'importance pour le Québec de défendre son autonomie culturelle, alors que les plateformes numériques étrangères dominent le marché et pourraient marginaliser les productions locales.
Culture Montréal demande au futur gouvernement québécois de défendre activement l'exemption culturelle dans les négociations commerciales, notamment lors de la révision de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). L'exemption culturelle est un principe qui permet à un pays de protéger ses industries culturelles (cinéma, musique, livres, etc.) des règles de libre-échange, afin de préserver sa diversité culturelle. L'organisme craint que les contenus québécois, en particulier francophones, ne soient menacés par les accords commerciaux, qui pourraient favoriser les géants américains comme Netflix ou Amazon. Culture Montréal propose également d'accorder plus de ressources financières au projet de loi 109, une loi québécoise visant à améliorer la découvrabilité des contenus francophones sur les plateformes numériques, en réponse au recul du gouvernement fédéral sur la taxe Netflix, une redevance imposée aux entreprises étrangères de diffusion en continu.
Pour Culture Montréal, le Québec se trouve à un moment décisif où sa culture doit résister à la domination des industries culturelles américaines, bien plus puissantes financièrement. L'organisme compare la culture québécoise à un superpouvoir, essentiel pour exister, raconter ses histoires et enrichir son territoire. Il appelle le gouvernement à passer d'une approche défensive, centrée sur la protection du statu quo, à une stratégie offensive, axée sur le développement et l'innovation culturelle. Cela implique de fournir des budgets plus stables et moins dépendants des financements ponctuels, afin de permettre une planification à long terme. Culture Montréal propose également des mesures concrètes, comme le retour des dimanches gratuits dans les musées nationaux ou la protection des budgets dédiés à l'achat de livres dans les écoles.
Parmi ses 37 recommandations, Culture Montréal inclut des mesures pour garantir l'autodétermination culturelle des Premières Nations et des Inuit, c'est-à-dire leur droit à contrôler et à développer leurs propres expressions culturelles. L'organisme propose d'accélérer la réalisation d'un projet d'ambassade culturelle et touristique autochtone à Montréal, un espace dédié à la promotion des cultures autochtones. Ces propositions s'inscrivent dans une volonté de reconnaître et de valoriser la diversité culturelle du Québec, en incluant les communautés autochtones dans les politiques culturelles. Culture Montréal souligne l'importance de ne pas abandonner les discussions déjà engagées avec le milieu culturel par le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, dans les années précédentes.
Culture Montréal critique le manque de vision à long terme dans la gestion des budgets culturels au Québec. L'organisme souligne que les changements majeurs dans les dernières années, notamment l'essor des plateformes numériques, rendent nécessaire une refonte des politiques culturelles. Il recommande au futur gouvernement de mettre en place des budgets plus prévisibles et moins fragmentés, afin d'éviter un financement au cas par cas, souvent instable. Culture Montréal rappelle que le dernier gouvernement a mené plusieurs concertations avec le milieu culturel, comme une table sur les festivals ou un rapport sur l'audiovisuel, et qu'il est temps de passer à l'action en appliquant ces recommandations. L'organisme insiste sur la nécessité de ne pas laisser ces initiatives en plan, mais de les concrétiser avec des moyens financiers adaptés.

