Exploitation sexuelle : « Les mineurs, c’est eux qui rapportent le plus d’argent »
Les jeunes filles mineures seraient de plus en plus recherchées à Montréal, a appris Enquête..
Dans l’industrie de la prostitution en ligne, une majorité écrasante des clients recherchent des escortes qui paraissent très jeunes. Selon une ancienne bookeuse (intermédiaire qui organise les rendez-vous entre clients et escortes) interrogée à Montréal, environ les trois quarts des clients privilégient les profils d’escortes semblant avoir 16 ans ou moins, même si celles-ci affichent officiellement un âge légal. Cette préférence s’explique par une demande récurrente de la part des clients, qui associent la jeunesse à une attractivité accrue. Les annonces en ligne, comme celles publiées sur le site Leolist, reflètent cette tendance : les âges indiqués (18 ou 19 ans) sont souvent des codes pour suggérer une apparence plus jeune, car dans ce milieu, mettre 18 ans signifie généralement paraître 16 ans. Cette pratique est décrite comme une norme implicite de l’industrie, où l’apparence prime sur l’âge réel.
L’exploitation sexuelle des mineurs est un phénomène croissant au Canada, notamment au Québec, où les proxénètes ciblent des jeunes dès 12, 13 ou 14 ans. Plusieurs témoignages, dont celui de Kate (17 ans, nom fictif), révèlent que des adolescentes issues de centres jeunesse ou de milieux vulnérables sont recrutées, parfois contre leur gré. Les méthodes de recrutement ont évolué avec les réseaux sociaux (Snapchat, Facebook, Tinder), où les proxénètes se font passer pour des recruteurs légitimes, par exemple en proposant des emplois dans des agences de danse. Une fois piégées, les jeunes sont souvent contraintes à la prostitution, avec des clients qui paient plus cher pour des mineures, perçues comme plus naïves ou vulnérables. Selon la criminologue Maria Mourani, les mineurs rapportent plus d’argent que les adultes dans cette industrie, ce qui en fait une cible privilégiée pour les exploiteurs.
Les agences d’escortes jouent un rôle central dans l’exploitation des mineures, bien que leur responsabilité légale soit souvent floue. Une ancienne escorte explique que les patrons d’agences ne vérifient pas l’âge réel de leurs employées et peuvent même leur fournir un nouvel âge pour contourner la loi. Les bookeuses, comme celle interrogée, organisent les rendez-vous dans des appartements loués par l’agence, souvent en centre-ville. Les sites comme Leolist, qui publient des annonces d’escortes, ne demandent aucune vérification d’identité lors de l’inscription, permettant ainsi à des mineurs de s’y inscrire sous de fausses identités. Bien que Leolist affirme fournir des informations aux forces de l’ordre sur demande, son manque de contrôle facilite l’exploitation des jeunes.
L’exploitation des mineurs dans la prostitution suit un schéma récurrent. Les proxénètes, appelés pimps, attirent les jeunes avec des promesses de vie luxueuse ou d’argent facile, avant de les piéger dans un système de dépendance. Kate décrit comment elle a été recrutée à 14 ans dans un centre jeunesse, puis placée sur Leolist par son proxénète. Les clients, souvent en marathons sexuels le week-end, recherchent des jeunes filles, parfois jusqu’à la consommation de drogues ou d’alcool pour les soumettre. Les violences, comme un viol commis par deux proxénètes sur Kate, sont fréquentes. Les intervenantes comme Jannick Trapp (organisme L’Anonyme) et Lyne Collette (organisme La Sortie) soulignent que l’âge moyen d’entrée dans l’exploitation a baissé, passant de 16 ans à 12-13 ans ces dernières années.
Les plateformes comme Leolist, qui hébergent des annonces d’escortes, se défendent en affirmant ne pas pouvoir tout contrôler. Dans ses directives, Leolist demande aux utilisateurs de signaler les contenus suspects, mais aucune vérification systématique n’est effectuée. Interrogé par Radio-Canada, le site n’a pas souhaité commenter, mais affirme collaborer avec les autorités si nécessaire. Pourtant, des dossiers judiciaires mentionnent déjà Leolist dans des affaires d’exploitation sexuelle. Les experts, comme la criminologue Maria Mourani, dénoncent l’absence de régulation efficace, permettant à des mineurs de 3 clics de s’inscrire et d’être exposés à l’exploitation. Cette situation met en lumière les lacunes des plateformes en ligne face à la protection des mineurs.
Plusieurs acteurs interviennent pour lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs au Québec. L’initiative *Sphères*, pilotée par le *Service de police de la Ville de Montréal* (SPVM), des organismes communautaires et des *CIUSSS* (Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux), cible les jeunes de 12 à 24 ans. Les intervenantes comme *Jannick Trapp* (L’Anonyme) et *Lyne Collette* (La Sortie) travaillent sur le terrain pour sensibiliser les jeunes, leurs familles et les professionnels (écoles, centres jeunesse) aux méthodes de recrutement des proxénètes. Leur rôle est crucial, car les jeunes en situation de vulnérabilité (fugues, milieux défavorisés) sont les plus exposés. Cependant, les témoignages montrent que le recrutement en ligne (réseaux sociaux) rend la prévention plus complexe, nécessitant une adaptation constante des stratégies d’intervention.

