“Gavagai” : le cinéma face à ses propres contradictions
Au cours du tournage chaotique d'une adaptation de Médée au Sénégal, Maja, une actrice allemande, entame une liaison avec son partenaire Nourou. Dans « Gavagai et autres malentendus », en salles le 22 juillet, Ulrich Köhler met le cinéma européen face à ses bonnes intentions..
Le film Gavagai et autres malentendus, réalisé par Ulrich Köhler, sort en salles le 22 juillet 2026. Ce long-métrage explore les contradictions du cinéma européen à travers l'histoire de Maja, une actrice allemande, et de Nourou, son partenaire de tournage sénégalais. Le film aborde des thèmes comme les bonnes intentions, les préjugés et les rapports de pouvoir, en s'appuyant sur une expérience de tournage chaotique d'une adaptation de Médée au Sénégal. Ulrich Köhler, réalisateur allemand, utilise cette fiction pour interroger les dynamiques culturelles et sociales dans la production cinématographique.
L'intrigue se déroule en deux temps. D'abord, Maja et Nourou entament une liaison pendant le tournage mouvementé d'une adaptation de Médée au Sénégal. Quelques mois plus tard, ils se retrouvent à Berlin pour la première du film. Cependant, un contrôle raciste à l'hôtel vient perturber leurs retrouvailles, révélant les tensions sous-jacentes. Le titre Gavagai fait référence à une expression linguistique issue du problème du Gavagai, un concept philosophique popularisé par le philosophe américain Willard Van Orman Quine. Ce terme désigne un malentendu fondamental dans la communication entre cultures différentes, illustrant ici les incompréhensions entre les équipes européennes et africaines.
Le film met en lumière plusieurs enjeux. D'abord, les bonnes intentions du cinéma européen, souvent perçu comme progressiste, mais qui peuvent cacher des rapports de domination ou des stéréotypes. Ensuite, les préjugés persistants, comme le contrôle raciste subi par Nourou à Berlin, qui révèle une réalité discriminatoire malgré le cadre prestigieux d'une première de film. Enfin, le film questionne les rapports de pouvoir dans la production cinématographique, notamment entre réalisateurs, acteurs et équipes techniques issus de cultures différentes. Ces thèmes sont illustrés par des dialogues et des situations concrètes, offrant une réflexion sur l'éthique et la responsabilité des artistes.
Jean-Christophe Folly, comédien et metteur en scène franco-togolais, joue le rôle de Nourou dans le film. Il est également l'invité de l'émission L'Invité(e) des Matins d'été sur France Culture pour discuter de cette œuvre. Son parcours et son expérience dans le milieu du cinéma apportent une perspective authentique sur les défis rencontrés par les acteurs africains dans les productions européennes. Son témoignage permet d'éclairer les réalités du tournage et les attentes des professionnels issus de divers horizons culturels.
Le film *Gavagai et autres malentendus* s'inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle du cinéma comme miroir des contradictions sociétales. Ulrich Köhler, à travers cette fiction, interroge la capacité du cinéma européen à représenter d'autres cultures sans tomber dans l'exotisme ou le paternalisme. Le film souligne l'importance de la vigilance face aux stéréotypes et aux inégalités structurelles, même dans des projets artistiques qui se veulent engagés. Cette œuvre invite le public à une prise de conscience sur les enjeux éthiques et politiques du cinéma contemporain.

