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Géopolitique

“Brûle en enfer” : même mort, Ratko Mladic continue de diviser les Balkans

Courrier International · mis à jour il y a 2 j

La mort de Ratko Mladic, chef de l’Armée des Serbes de Bosnie pendant la guerre en Bosnie (1992-1995), condamné par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à la perpétuité pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, fait ressurgir les fractures mémorielles dans la région. La presse, bosnienne et serbe, en témoigne..

Qui était Ratko Mladic

Ratko Mladic était un général serbe de Bosnie, chef de l’Armée des Serbes de Bosnie pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. Il est décédé le 27 août 2026, à l’âge de 78 ans, après avoir purgé une peine de prison à perpétuité. Mladic a été condamné par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et le génocide. Ce tribunal, créé en 1993 par l’ONU, avait pour mission de juger les responsables des atrocités commises lors des conflits dans l’ex-Yougoslavie. Parmi ses crimes reconnus figurent le génocide de Srebrenica en juillet 1995, où plus de 8 000 Bosniaques musulmans ont été exécutés, ainsi que le siège de Sarajevo, qui a fait plus de 11 000 morts en trois ans. Mladic a également été tenu pour responsable de la prise en otage de membres de l’ONU.

Les crimes reconnus

Les crimes attribués à Ratko Mladic sont parmi les plus graves du XXe siècle. Le génocide de Srebrenica désigne l’exécution systématique de plus de 8 000 hommes et garçons bosniaques musulmans par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995. Ce massacre, considéré comme le pire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, s’est produit dans une zone déclarée zone de sécurité par l’ONU, où des milliers de civils avaient trouvé refuge. Le siège de Sarajevo, qui a duré de 1992 à 1996, a été marqué par des bombardements quotidiens et des snipers visant la population civile, causant plus de 11 000 morts. Mladic a aussi été reconnu coupable de crimes contre l’humanité pour les persécutions systématiques contre les Bosniaques et les Croates de Bosnie, ainsi que de crimes de guerre pour les exactions commises contre les prisonniers et les civils.

Réactions en Bosnie

La mort de Ratko Mladic a provoqué des réactions contrastées en Bosnie-Herzégovine. Dans la capitale Sarajevo, des médias comme Avaz et Oslobodjenje ont titré respectivement « Le bourreau est mort en geôle » et « Mort du boucher des Balkans, criminel de guerre condamné ». Ces journaux rappellent les crimes de Mladic et soulignent que sa disparition ne doit pas effacer la mémoire des victimes. Emir Suljagic, directeur du Mémorial de Srebrenica et survivant du génocide, a déclaré que « la disparition de Ratko Mladic ne change en rien les faits historiques » et a appelé à préserver la vérité et la responsabilité. Ces réactions reflètent la douleur persistante des familles des victimes et la division mémorielle dans le pays.

Vision serbe de Mladic

En République serbe de Bosnie, une entité de la Bosnie-Herzégovine à majorité serbe, Ratko Mladic est parfois considéré comme un héros national. À Banja Luka, capitale de cette entité, des personnes se sont recueillies devant son portrait après son décès. Cette vision contraste fortement avec celle des Bosniaques musulmans et des Croates de Bosnie, qui le voient comme un criminel de guerre. Cette divergence illustre les fractures mémorielles profondes qui persistent dans les Balkans, où l’histoire est souvent interprétée différemment selon les groupes ethniques. Ces fractures sont alimentées par des récits nationaux opposés et des politiques de mémoire divergentes.

Ce que ça pourrait changer

La mort de Ratko Mladic a ravivé les tensions dans une région encore marquée par les guerres des années 1990. Les Balkans restent divisés entre ceux qui considèrent Mladic comme un criminel et ceux qui le voient comme un défenseur de la cause serbe. Cette division empêche une réconciliation véritable et nourrit les nationalismes locaux. Les médias de la région, comme le tabloïd croate *24sata* qui titre *« Brûle en enfer »*, rappellent que les crimes de Mladic ne doivent pas être oubliés. Cette affaire montre que, même 30 ans après la fin de la guerre, les blessures mémorielles continuent de peser sur la stabilité de la région.

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