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Culture

Vu à la Mostra de Venise 2026 : le sidérant documentaire « NAZA » témoigne du massacre à Gaza

Trois Couleurs · mis à jour il y a 10 j

Produit notamment par Jonathan Glazer (réalisateur de La Zone d’intérêt) et le média The Guardian, le documentaire des journalistes d’investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor recueille la parole, sidérante, d’une vingtaine de militaires israéliens. Ils témoignent des méthodes employées par l'armée israélienne pour perpétrer le massacre de masse des Palestiniens dans la bande de Gaza.

Documentaire NAZA à Venise

Le documentaire NAZA, sélectionné pour le Lion d’Or à la Mostra de Venise 2026, est un film choc produit notamment par le réalisateur Jonathan Glazer (connu pour La Zone d’intérêt) et le média britannique The Guardian. Réalisé par les journalistes d’investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, il donne la parole à une vingtaine de militaires israéliens. Ces derniers témoignent des méthodes employées par l’armée israélienne pour perpétrer des massacres de masse dans la bande de Gaza. Le film s’appuie sur des enquêtes menées entre 2023 et 2025 par des médias comme +972 Magazine, Local Call et The Guardian, qui ont révélé des pratiques militaires controversées. Le tournage a été réalisé dans la clandestinité, avec des interviews anonymisées et des voix modifiées pour protéger les témoins.

Contexte politique et médiatique

Le documentaire NAZA s’inscrit dans un contexte où les journalistes sont empêchés de travailler à Gaza depuis le début de l’offensive militaire israélienne en réponse aux attaques du 7 octobre 2023. Selon l’éditorial du Monde cité dans l’article, les journalistes deviennent des cibles, ce qui rend ce film exceptionnel. Il a été monté en secret, avec l’aide de conseillers comme Laura Poitras (Citizenfour), connue pour son travail sur les lanceurs d’alerte. Le film est coproduit par The Guardian, JW Films et Jonathan Glazer, et distribué en France et à l’international par mk2. Il s’ajoute à un autre documentaire primé, No Other Land, réalisé par les mêmes coréalisateurs en 2024, qui avait remporté l’Oscar du meilleur film documentaire en 2025 pour son enquête sur l’occupation en Cisjordanie.

Témoignages glaçants de militaires

Le film recueille les témoignages de 24 militaires israéliens, filmés la nuit sur les toits de Tel Aviv ou dans des lieux anonymes. Ces officiers détaillent les stratégies militaires utilisées à Gaza, où plus de 73 000 Palestiniens ont été tués depuis 2023. Le terme « NAZA » désigne les civils palestiniens tués lors de frappes, qu’ils soient enfants ou adultes. Les militaires révèlent que l’armée israélienne fixe un nombre maximal de « NAZA » acceptable pour chaque cible visée, souvent fixé à 20 civils par opération. Cependant, certains témoignages indiquent que les « dommages collatéraux » (civils tués involontairement) dépassent parfois largement ce seuil. Certains militaires expriment un malaise ou des regrets, mais la plupart affirment ne pas avoir ressenti de culpabilité sur le moment, évoquant même une dimension « fun » dans certaines opérations.

Méthodes militaires et dissociation

Les militaires décrivent des méthodes choquantes, comme l’utilisation de drones, d’algorithmes et d’outils d’intelligence artificielle pour planifier et exécuter des frappes à distance, presque comme dans un jeu vidéo. Les civils palestiniens sont surveillés en temps réel via leurs téléphones portables, ce qui permet aux militaires de les localiser et de les cibler. Les attaques ont souvent lieu la nuit, où des immeubles entiers sont bombardés après localisation d’une cible, sans distinction entre civils et combattants. Les témoignages révèlent une dissociation totale entre les actions des militaires et la réalité des massacres, facilitée par la distance et la technologie. Un militaire explique par exemple comment des snipers abattent systématiquement les civils palestiniens qui s’écartent des chemins imposés pour atteindre des camions de ravitaillement.

Ce que ça pourrait changer

Yuval Abraham, l’un des réalisateurs, mène les entretiens avec rigueur et sans sensationnalisme, confrontant les militaires aux conséquences de leurs actes. Le film inclut des images d’archives pour montrer l’évolution de la surveillance israélienne à Gaza et les mythes fondateurs de l’État d’Israël. Les militaires évoquent aussi les **films de propagande** diffusés par l’armée israélienne (*Tsahal*) pour les endoctriner. Une scène symbolique montre la **Cinémathèque de Tel Aviv**, où est projetée une rétrospective de *Shoah* (1985) de **Claude Lanzmann**, un documentaire sur le génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette référence souligne la volonté des réalisateurs de montrer que le cinéma peut encore éclairer l’humanité, même dans les situations les plus sombres.

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