NapseflowNapseflow
Culture

Philippe Jaenada : « Louise, c’est la petite Bretonne qu’on a envoyée à Paris toute jeune et qui a fait ce qu’elle a pu. »

Trois Couleurs · mis à jour 4 sept.

Entre humour ravageur et exploration minutieuse d’archives oubliées, la recette de Philippe Jaenada est imparable. Derrière les géniaux « La Petite femelle » (2015), « La Serpe » (2017), « Au printemps des monstres » (2021) ou « La désinvolture est une bien belle chose » (2024), l’écrivain est de retour avec le captivant « L'inconnue du quai de Javel » (éd.

L'art de l'incipit

Philippe Jaenada explique que l’incipit, c’est-à-dire les premières phrases d’un livre, est un moment crucial mais délicat à maîtriser. Il compare cet exercice à l’ouverture de Du côté de chez Swann de Proust, une phrase anodine devenue mythique. Jaenada met en garde contre l’excès de perfectionnisme, qui peut nuire à la fluidité naturelle de l’écriture. Il souligne qu’il faut trouver un équilibre entre soin et spontanéité, sans pour autant négliger l’importance de ces premières lignes. Dans son livre L’inconnue du quai de Javel, l’incipit évoque une blanquette (un plat traditionnel français à base de veau), un pamplemousse jaune et la découverte d’un cadavre, posant immédiatement le ton du récit.

Disparition des milieux

Philippe Jaenada aborde dans ses livres la disparition progressive de certains milieux ou lieux, comme les bars, les librairies ou les hippodromes. Il précise qu’il ne s’agit pas d’une nostalgie, mais d’une observation neutre du passage du temps. Pour lui, ces disparitions matérialisent le temps qui s’écoule et l’évolution des sociétés. Par exemple, il mentionne la réduction du nombre de bistrots, de librairies indépendantes et de courses de chevaux en France. Il cite aussi la disparition des blanquettes ou des pamplemousses jaunes comme des symboles de cette évolution. Malgré tout, il espère que certains lieux emblématiques, comme le bistrot La Fayette, subsisteront encore pendant sa vie.

Louise Cansot, figure centrale

Philippe Jaenada a choisi de raconter l’histoire de Louise Cansot, une jeune Bretonne envoyée à Paris dans les années 1930-1950. Il explique pourquoi il préfère utiliser son prénom plutôt que son nom d’artiste, Lise, ou son nom de famille. Pour lui, Louise incarne une toute jeune fille, un personnage attachant malgré une vie difficile. Jaenada s’est rendu à Tréguier, en Bretagne, où elle est née, et a visité un pont balançant, un lieu qui l’a particulièrement touché en évoquant son enfance. Il décrit Louise comme une figure tragique, envoyée seule à Paris à un âge précoce, confrontée à des difficultés sociales et économiques.

Origine de l’enquête

L’idée d’écrire sur Louise Cansot est née de la lecture de vieux journaux entre 1930 et 1950, où Jaenada a découvert des faits divers non résolus. L’affaire de Louise l’a particulièrement intéressé pour deux raisons : d’abord, parce que les journaux de l’époque suggéraient une affaire simple et tragique, avec des suspects clairement identifiés, ce qui lui a donné envie d’essayer de résoudre l’énigme. Ensuite, il a réalisé que cette histoire offrait une matière riche pour explorer des thèmes comme l’absence de contraception, les grossesses non désirées, les difficultés économiques et le contexte de l’après-guerre. Ces éléments ont confirmé à Jaenada qu’il pouvait en faire un livre.

Contexte social post-guerre

Philippe Jaenada replace l’histoire de Louise Cansot dans le contexte social et économique de l’après-guerre en France. Il explique que les jeunes femmes non mariées, comme Louise, étaient souvent confrontées à des grossesses non désirées en raison de l’absence de contraception et d’avortement légal. Ces situations les poussaient à abandonner leurs enfants en nourrice dans des conditions précaires, parfois pour un coût mensuel de 3 000 francs (une somme importante à l’époque). Louise, comme beaucoup d’autres, a vécu dans des chambres de bonnes exiguës, sans confort, avant de voir sa situation se dégrader davantage avec l’Occupation allemande.

Milieu artistique parisien

L’histoire de Louise Cansot permet à Philippe Jaenada d’explorer le milieu des artistes parisiens de l’après-guerre, un univers moins connu que celui de Montparnasse des années 1920-1930. Louise posait pour des peintres aujourd’hui oubliés, et son parcours reflète les difficultés de cette époque : la guerre a privé les artistes de commandes, les a poussés à quitter Paris, et a affaibli la demande pour des modèles. Jaenada souligne que, contrairement à d’autres récits de l’époque, Louise n’a pas été directement confrontée à l’Occupation nazie, mais en a subi les conséquences indirectes, comme la précarité économique et la malnutrition.

Méthode d’écriture

Pour écrire L’inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada s’est inspiré de l’univers du commissaire Maigret, personnage emblématique des romans policiers de Georges Simenon. Il a lu 75 romans de Maigret pendant un an et demi pour comprendre la structure narrative de Simenon : des enquêtes simples, avec peu de personnages, mais une immersion réaliste dans le quotidien des années 1930-1950. Jaenada a adapté cette méthode à sa propre écriture, en cherchant à recréer l’atmosphère de l’époque à travers des détails concrets, comme les odeurs, les lieux ou les interactions sociales. Il a également intégré des références culturelles et historiques pour ancrer son récit dans son contexte.

Ce que ça pourrait changer

Philippe Jaenada explique que ses personnages, comme Louise Cansot, deviennent une partie intégrante de sa vie une fois le livre écrit. Il compare ce phénomène à l’attachement que l’on peut ressentir pour des personnes réelles que l’on a aimées. Il précise qu’il ne rêve pas de ses personnages, mais qu’il y pense quotidiennement, comme on pense à des amis. Jaenada reconnaît que son approche peut idéaliser ses personnages, mais il assume cette subjectivité, car il cherche à rééquilibrer les récits souvent biaisés ou méchants qui ont entouré leur vie. Il admet aussi que certains témoignages suggèrent que Louise Cansot pouvait être difficile en société, mais il choisit de la voir sous un jour plus positif dans son livre.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.