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Pourquoi j’apprends à mes étudiants en littérature ce que l’IA ne sait pas faire

The Conversation France · mis à jour il y a 6 j

Émile Bernard, *Madeleine au Bois d’Amour*, 1888. Art Media/The Print Collector via Getty Images L’ESSENTIEL Tandis que l’usage de l’intelligence artificielle s’est généralisé chez ses étudiants, un professeur de littérature à l’Université de Denver, aux États-Unis, expose son approche pour mieux comprendre les limites de ChatGPT.

L'IA dans l'enseignement

Un professeur de littérature à l'Université de Denver utilise l'intelligence artificielle (IA) comme outil pédagogique pour enseigner à ses étudiants les limites de cette technologie. Plutôt que de l'interdire, il leur demande de poser des questions à des modèles comme ChatGPT sur des œuvres étudiées, puis d'analyser de manière critique les réponses générées. Cette approche vise à leur faire comprendre que l'IA, bien que performante pour certaines tâches, ne peut remplacer la sensibilité humaine et l'empathie nécessaires à l'analyse littéraire. L'IA est définie ici comme un moteur d'optimisation qui synthétise des données en ligne sans comprendre le contexte ou les émotions. L'exercice permet aux étudiants de percevoir les différences entre une analyse humaine, riche en nuances, et une réponse algorithmique, souvent stérile et abstraite.

Limites de l'IA en analyse

Lors d'un exercice sur le roman Le cœur est un chasseur solitaire de Carson McCullers (1940), les étudiants ont demandé à l'IA d'analyser l'atmosphère émotionnelle d'une scène clé. Les réponses générées par ChatGPT ont révélé des lacunes majeures : une terminologie froide et clinique, des erreurs factuelles (comme confondre un bus et un train), et une incapacité à saisir les tensions complexes entre foi et incrédulité ou entre bien et mal. L'IA a également omis de reconnaître la peur de Singer face au sort d'Antonapoulos ou l'ironie dramatique de la scène. Ces limites s'expliquent par l'absence d'expérience incarnée : l'IA n'a pas de corps ni de conscience contextuelle, ce qui l'empêche de comprendre des situations comme la surdité ou l'isolement social. Les étudiants ont qualifié ces analyses de « superficielles » et remplies de « platitudes vagues ».

Création littéraire et IA

Dans un second exercice, les étudiants ont demandé à l'IA de générer une nouvelle scène impliquant plusieurs personnages du roman. Les résultats ont confirmé l'incapacité de l'IA à créer une narration authentique et émotionnelle. Par exemple, l'IA a fait parler John Singer, un personnage sourd, comme s'il pouvait entendre, révélant une incompréhension totale de sa condition. Cette faille illustre que l'IA ne peut pas appréhender des expériences humaines spécifiques, comme le handicap ou la marginalisation. L'auteur souligne que l'IA est une intelligence synthétique dépourvue de corps et d'émotions, incapable de ressentir ou de s'immerger dans des contextes humains complexes. Des personnalités comme Elon Musk ou Marc Andreessen sont citées pour avoir minimisé l'importance de l'empathie et de l'introspection, des traits pourtant centraux dans la littérature et l'art.

Empathie et fragilité humaine

L'article met en avant que l'empathie, l'émotion et l'irrationalité sont des traits humains qui résistent à l'IA et constituent des piliers de la créativité et des liens sociaux. Le professeur encourage ses étudiants à embrasser ces fragilités, qu'il associe à la vulnérabilité, à la désorientation ou à la perte, des sources souvent à l'origine du grand art. Il cite le poète William Wordsworth et son concept de débordement spontané de sentiments puissants pour illustrer cette idée. L'auteur reconnaît que l'IA peut être utile dans certains contextes, notamment pour les personnes ayant des contraintes économiques, mais il met en garde contre une dépendance excessive qui pourrait éroder des capacités humaines essentielles comme l'imagination, l'intuition ou l'introspection. L'objectif est de faire réfléchir les étudiants sur l'équilibre à trouver entre l'utilisation de l'IA et la préservation de leur propre pensée critique.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà de l'enseignement, l'article aborde les implications plus larges de l'IA sur la culture et la société. Une dépendance excessive à cette technologie pourrait conduire à un *conformisme intellectuel* et à l'érosion de l'esprit critique. Des chercheurs ont déjà documenté des effets négatifs sur les facultés cognitives, notamment la perte de la capacité à lutter avec des idées complexes. L'auteur souligne que l'IA fonctionne principalement en identifiant des *régularités statistiques* (*patterns*) dans des ensembles de données, ce qui lui permet de générer des réponses plausibles mais souvent superficielles. Il cite des exemples comme l'incapacité de l'IA à comprendre des œuvres du *gothique sudiste*, un mouvement littéraire américain caractérisé par des personnages étranges, brutaux et marqués par des tensions entre foi et incrédulité, ou par des thèmes comme l'isolement et la marginalisation.

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