«Un jour en prison»: les voix humaines derrière les barreaux
Sur l’album rap, des personnes incarcérées chantent leurs joies et surtout leurs peines..
Un album de rap intitulé « Un jour en prison » a été entièrement enregistré par des détenus dans l’Établissement de détention de Hull, au Québec. Ce projet a été rendu possible grâce à des ateliers organisés par le CIPTO (Centre d’intervention en prévention toxicologique), un organisme spécialisé dans la réduction des méfaits liés à la toxicomanie et à l’incarcération. Ces ateliers, animés par l’artiste hip-hop David Dufour (alias D-Track) et la travailleuse de rue Sasha Yakimishan, s’adressaient initialement à des détenus de la section à sécurité maximale, qui ont moins accès aux activités culturelles que les autres. L’objectif était de leur offrir un espace d’expression artistique, notamment à travers l’écriture et la musique. Le projet a évolué pour inclure l’enregistrement de chansons, avec l’aide d’un micro et d’une carte son apportés par D-Track.
En une trentaine de séances, les participants ont coécrit une vingtaine de chansons, dont dix ont été sélectionnées pour l’album final. Les thèmes abordés reflètent leurs expériences personnelles : leurs démons, leur famille, ou encore les conséquences des overdoses. Par exemple, le titre « La faim » inclut des paroles comme « Des voix vibrantes dans le vent, pour qu’on nous entende / Étiquetés par les préjugés de la criminalité par l’ignorance de la société ». L’artiste David Leclerc (alias Quest), producteur et photographe, a composé la musique originale et réalisé les portraits des participants, souvent pour la première fois de leur vie. Ces photos sont exposées au centre culturel Jacques-Auger à Gatineau jusqu’au 4 octobre, avec un code QR permettant d’écouter les chansons.
Le projet visait à offrir aux détenus un moyen d’expression et de connexion avec l’extérieur, tout en brisant les stéréotypes liés à l’incarcération. Sasha Yakimishan souligne que les ateliers ont permis de créer des liens significatifs, certains participants partageant des récits personnels pendant des heures. Les détenus ont exprimé un sentiment de liberté et d’égalité pendant ces séances, comme l’a noté Yakimishan : « Je me sens comme un citoyen quand je viens ici ». L’album est vendu 10 $ sur la plateforme Bandcamp, et les revenus seront reversés au Fonds de soutien à la réinsertion sociale de la prison de Hull. L’initiative pourrait être reproduite dans d’autres établissements carcéraux.
L’album a permis à certains participants de découvrir ou de renforcer leur passion pour la musique. D-Track espère leur avoir donné confiance en leurs capacités artistiques et les avoir encouragés à poursuivre cette voie. Un des détenus, aujourd’hui sorti de prison, a écrit une dizaine de nouvelles chansons depuis. Pour ceux encore incarcérés ou transférés dans un établissement fédéral, l’objectif reste de leur offrir une activité constructive. La pochette de l’album a été conçue collectivement lors d’un atelier d’arts visuels, montrant que la participation ne se limitait pas à la musique. L’exposition et l’album servent ainsi de vitrine sur la réalité de la détention, avec pour ambition de changer les perceptions du public.
Le projet a été mené dans l’Établissement de détention de Hull, un établissement provincial situé à Gatineau, au Québec. Les principaux acteurs incluent le **CIPTO**, qui a initié les ateliers, Sasha Yakimishan, coordonnatrice du projet, et les artistes **D-Track** (rappeur et animateur) et **Quest** (producteur et photographe). L’album est disponible depuis le lancement à Gatineau, et les photos exposées jusqu’au 4 octobre permettent d’associer des visages aux voix des détenus. Les revenus de l’album soutiennent directement la réinsertion sociale des prisonniers, un enjeu central dans les politiques correctionnelles.

