«Un jour en prison»: les voix humaines derrière les barreaux
L’album Un jour en prison, co-créé par des détenus québécois lors d’ateliers artistiques en détention, révèle une parole brute et souvent ignorée : celle de personnes incarcérées qui transforment leur expérience en art. Au-delà d’un projet musical, ce travail interroge les conditions d’expression des détenus, les limites des systèmes carcéraux et la capacité de l’art à humaniser des existences réduites au silence institutionnel.
Comment ce projet artistique a-t-il émergé dans un milieu aussi contraint que la prison ?
Initialement prévu comme des ateliers d’écriture, le projet a pris une tournure musicale lorsque l’artiste D-Track a constaté que les détenus, privés d’accès à la musique, étaient bien plus motivés par la création de beats et d’instrumentations. En une trentaine de séances, une vingtaine de chansons ont été co-écrites, dont dix retenues pour l’album, abordant des thèmes comme les démons intérieurs, la famille ou les surdoses.
Quels acteurs ont rendu possible cette initiative et dans quel cadre institutionnel ?
Le projet a été porté par le CIPTO, un organisme en réduction des méfaits, avec la coordination de Sasha Yakimishan, travailleuse de rue, et l’implication de l’artiste hip-hop David Dufour (D-Track) et du producteur David Leclerc (Quest). Les ateliers se sont déroulés dans l’Établissement de détention de Hull, spécifiquement dans la section à sécurité maximale, où les détenus ont un accès limité aux activités culturelles.
Quels sont les effets concrets de ces ateliers sur les participants, selon les témoignages rapportés ?
Plusieurs détenus ont évoqué un sentiment de libération et d’égalité pendant les ateliers, où ils pouvaient s’exprimer sans les contraintes habituelles de la détention. Certains ont même déclaré se sentir « comme un citoyen » lors de ces moments. Pour d’autres, le projet a servi de catalyseur pour écrire davantage, comme l’un des participants qui a composé une dizaine de chansons depuis sa sortie.
Comment l’album et ses créations visuelles sont-ils diffusés au public ?
L’album est disponible à l’achat sur Bandcamp pour 10 $, avec les recettes reversées au Fonds de soutien à la réinsertion sociale de la prison de Hull. Une exposition de portraits des participants, réalisée par Quest, est également présentée au centre culturel Jacques-Auger à Gatineau jusqu’au 4 octobre, avec des codes QR permettant d’écouter les titres.
Ce que ça pourrait changer
Ce projet pourrait inspirer une réévaluation des activités proposées en détention, notamment pour les détenus en sécurité maximale, souvent exclus des programmes culturels. Il soulève aussi la question de l’accès à la culture comme outil de réinsertion et de santé mentale, tout en interrogeant la société sur sa capacité à écouter des voix qu’elle préfère généralement ignorer.

