Périscolaire : derrière le scandale des violences sexuelles, un secteur en manque de projet politique ?
L’ESSENTIEL Depuis 2025, une vague de révélations de violences sexuelles secoue le périscolaire (garderie, accueil des enfants après la classe…). Le scandale a mis en lumière des failles dans le recrutement et la formation des animateurs.
Depuis 2025, une série de révélations concernant des violences sexuelles dans le secteur périscolaire (garderies, accueils après l'école) a éclaté en France. Ces affaires ont été mises en lumière par la presse à partir de l'automne 2025, notamment à Paris où 200 affaires étaient en instruction en septembre 2026. Ces violences ont révélé des failles majeures dans le recrutement et la formation des animateurs, ainsi qu'un manque de cadre réglementaire solide. Le périscolaire, souvent méconnu, regroupe des structures comme les garderies du matin, les pauses méridiennes et les activités d'après l'école, fréquentées par près de 9 enfants sur 10 (86 % à midi, 56 % le soir).
Le secteur périscolaire souffre d'un désintérêt collectif et d'un manque de moyens structurels. La loi Peillon de 2013, qui a réorganisé les rythmes scolaires en introduisant une demi-journée supplémentaire, a profondément transformé ce secteur. Bien que cette réforme ait doublé le nombre de places disponibles par rapport à 2013, elle a aussi généré des financements insuffisants, principalement supportés par les collectivités locales. Cela a conduit à des emplois précaires, des salaires bas et des recrutements peu exigeants en termes de qualifications. Les animateurs, majoritairement des femmes, sont souvent perçus comme des intrus par les enseignants, ce qui a renforcé leur marginalisation dans le système éducatif.
Le périscolaire manque cruellement d'un cadre réglementaire solide, notamment en matière de diplômes requis pour les animateurs. Bien que des diplômes professionnels existent (délivrés par le ministère de la Jeunesse et des Sports ou l'enseignement supérieur), leur généralisation reste limitée. Les projets éducatifs de territoire (PEDT), mis en place pour coordonner les actions éducatives locales, ont souvent conduit à des collaborations avec des acteurs historiques comme les associations d'éducation populaire, mais sans toujours garantir la qualité des encadrants. L'État s'est retiré du financement en 2025, laissant les collectivités locales et les caisses d'allocations familiales (CAF) gérer ce secteur, ce qui crée des inégalités territoriales selon les volontés politiques locales.
Deux conceptions principales s'affrontent quant à la finalité du périscolaire. La première, dite vision scolaire, le considère comme un soutien à l'école, visant à remédier aux difficultés scolaires ou à compléter l'action des enseignants. La seconde, portée par les associations d'éducation populaire, défend une approche axée sur le loisir éducatif, l'épanouissement et l'autonomie des enfants. Cette absence de consensus sur les objectifs du périscolaire rend difficile la définition des compétences attendues des animateurs, qui sont souvent évaluées sur des critères subjectifs comme la bonne volonté ou le bon sens, plutôt que sur des critères professionnels clairs.
L'absence de cadre clair et de moyens a des conséquences graves, notamment en matière de recrutement et de formation. Les pratiques déviantes, comme les violences sexuelles, s'enracinent dans cette confusion, où les qualités personnelles (empathie, expérience parentale) sont parfois privilégiées au détriment des compétences professionnelles. Des solutions existent, comme la généralisation des chartes et outils de prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS), recommandée par le comité de filière animation. Cependant, leur mise en œuvre nécessite une volonté politique et des financements, qui font actuellement défaut. Le débat public peine à émerger, limitant les avancées concrètes dans ce secteur.

