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Les ONG à bout de souffle : comment réinventer un nouveau modèle d’organisation ?

The Conversation France · mis à jour il y a 17 j

La baisse historique de l’aide publique au développement met les ONG en grande difficulté, alors que les besoins humanitaires continuent d’augmenter. Une étude menée auprès de trois ONG françaises montre que leur principal défi est de trouver le bon équilibre entre contrôle du siège et autonomie des équipes de terrain.

Crise des financements publics

Les ONG humanitaires subissent une baisse historique de l’aide publique au développement depuis 2024, avec une chute de 23,1% en 2025 par rapport à 2024, et cette tendance se poursuit en 2026. Cette réduction touche particulièrement les grands pays donateurs comme les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et la France. Pour les ONG françaises, cette baisse entraîne la suppression de 10 000 emplois et la suspension de 1 280 projets dans le monde. Elle menace aussi l’accès à l’eau, à l’hygiène, à la sécurité alimentaire et aux droits humains pour 15,2 millions de personnes, notamment dans des régions comme le Sahel, le Soudan, Haïti, l’Afghanistan, Gaza, le Liban et l’Ukraine. Cette situation s’aggrave alors que les besoins humanitaires augmentent : en 2026, les Nations unies estiment à 33 milliards de dollars les fonds nécessaires pour aider 135 millions de personnes, en raison de guerres prolongées, de déplacements forcés, de crises alimentaires et climatiques.

Modèle des ONG fragilisé

Les ONG humanitaires fonctionnent comme des organisations complexes, présentes dans de nombreux pays, employant des milliers de personnes et gérant des budgets de plusieurs centaines de millions d’euros. Leur modèle repose en grande partie sur des financements publics, qui sont désormais plus incertains et politiquement exposés. Historiquement, ces organisations ont professionnalisé leurs pratiques avec des procédures de coordination, des audits, des standards sectoriels et une digitalisation accrue. Cependant, la baisse des financements révèle une dépendance excessive à ces fonds publics, rendant le secteur vulnérable. Les ONG doivent désormais repenser leur organisation pour concilier rapidité d’action, responsabilité et adaptation aux besoins locaux, tout en respectant des contraintes administratives, financières, programmatiques, sécuritaires et de légitimité.

Contraintes majeures des ONG

Les ONG font face à quatre contraintes principales. La première est administrative et financière : les bailleurs exigent une traçabilité accrue des fonds, ce qui nécessite des ressources supplémentaires pour les fonctions support comme le reporting. La deuxième est programmatique : elles doivent rendre des comptes aux populations locales en adaptant leurs programmes et en mesurant la qualité de l’aide, des aspects difficiles à évaluer. La troisième est sécuritaire : opérant dans des contextes volatils, comme des zones de conflit, elles doivent concilier agilité sur le terrain et encadrement des risques par les sièges. Enfin, la contrainte de légitimité les pousse à collaborer davantage avec des organisations locales, à transférer des responsabilités et à reconnaître leurs compétences, mais les mécanismes de coordination actuels entre siège et bureaux locaux sont peu adaptés à ces nouvelles relations.

Équilibre autonomie-contrôle

L’enjeu central pour les ONG est de trouver le bon équilibre entre l’autonomie des équipes locales (bureaux pays) et le contrôle du siège pour garantir le respect du mandat, la conformité et la maîtrise des risques. La coordination repose sur une stratégie où les priorités locales sont discutées et validées avec le siège, tout en préservant les spécificités du terrain. Le contrôle s’appuie sur des outils comme le reporting financier, les suivis budgétaires, les audits internes et les indicateurs programmatiques, qui répondent aux exigences des bailleurs et à la gestion des risques. Cependant, ces outils doivent être proportionnés : trop de contrôle ralentit les opérations et décourage l’initiative locale, tandis que trop peu fragilise la redevabilité. La performance dépend donc de la capacité à identifier les contrôles réellement utiles et à laisser une marge de manœuvre au terrain.

Ce que ça pourrait changer

Face à la contraction des ressources et à l’augmentation des besoins, l’efficience durable des ONG passe par des innovations collectives. La mutualisation des ressources, comme dans la logistique, les achats ou les outils numériques, est une piste majeure. Des initiatives comme *Hulo*, une coopérative humanitaire de logistique, illustrent cette approche. Cependant, l’innovation ne se réduit pas à faire plus avec moins : elle nécessite des investissements en formation, en interopérabilité des systèmes, en gouvernance partagée et en capacités d’audit adaptées. Sans ces ressources, l’innovation risque de devenir un simple discours pour justifier les coupes budgétaires. L’enjeu est donc de préserver les capacités essentielles pour maintenir une aide rapide, responsable et adaptée aux besoins locaux, tout en reconnaissant que l’efficience a un coût et se construit dans la durée.

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