NapseflowNapseflow
Culture

"Le Naufragé" de Thomas Bernhard

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 29 j

Connaissez-vous les dangers du génie ? Trois jeunes pianistes talentueux - Glenn Gould, le narrateur et Wertheimer - se sont rencontrés au prestigieux cours d’Horowitz. D’emblée, Gould s’impose comme un génie triomphant, détournant définitivement les deux autres de leur carrière de virtuose..

Trois pianistes talentueux

L’article évoque trois jeunes pianistes qui se sont rencontrés au Mozarteum de Salzbourg, une prestigieuse école de musique située en Autriche. Parmi eux, Glenn Gould, le narrateur et Wertheimer, tous trois partageaient un talent exceptionnel pour le piano. Leur rencontre s’est déroulée dans le cadre du cours d’Horowitz, un maître pianiste et pédagogue renommé. À l’époque, ils étaient tous trois des virtuoses en devenir, mais leur destin a basculé avec l’arrivée de Glenn Gould, dont le génie a immédiatement éclipsé les autres. Glenn Gould, pianiste canadien célèbre pour son interprétation des Variations Goldberg de Bach, est présenté comme un génie triomphant, capable de bouleverser la carrière de ses pairs. Le narrateur et Wertheimer, confrontés à cette supériorité artistique, ont vu leur parcours professionnel profondément modifié.

Deux destins brisés

Après leur rencontre avec Glenn Gould, les deux autres pianistes ont suivi des voies radicalement différentes, toutes deux marquées par l’échec et la tragédie. Le narrateur a abandonné sa carrière de pianiste pour se consacrer à l’écriture d’un essai interminable sur Glenn Gould, un projet qui semble l’avoir absorbé entièrement. Wertheimer, quant à lui, a sombré dans une dépression profonde, au point d’être surnommé « le sombreur » par Glenn Gould lui-même. Vingt-huit ans après leur rencontre, Wertheimer met fin à ses jours par pendaison, près de la maison de sa sœur installée en Suisse avec un riche industriel. Cette mort survient peu après celle de Glenn Gould, décédé en 1982 à l’âge de 50 ans, foudroyé par une attaque alors qu’il jouait les Variations Goldberg.

Un soliloque impitoyable

L’œuvre de Thomas Bernhard, intitulée « Le Naufragé », est un soliloque-fleuve impitoyable, caractéristique de son style littéraire. Le narrateur, en revenant de l’enterrement de Wertheimer, plonge dans une introspection obsessionnelle, ressassant sans cesse les souvenirs de sa rencontre avec Glenn Gould et Wertheimer. Ce monologue, à la fois lyrique et désespéré, explore les thèmes de la jalousie, de l’échec et de la folie. Bernhard, écrivain autrichien connu pour ses provocations et son rejet de l’antisémitisme dans son pays, utilise ici une narration en écho aux Variations Goldberg de Bach, une œuvre musicale célèbre pour ses répétitions et ses variations infinies. Le texte, adapté pour une diffusion au Festival d’Avignon en 2026, est interprété par Jacques Gamblin, avec une réalisation de Baptiste Guiton et une musique d’Anthony Capelli.

Ce que ça pourrait changer

Thomas Bernhard (1931-1989) est un écrivain autrichien majeur, reconnu pour son style provocateur et son engagement contre les dérives de la société autrichienne, notamment l’antisémitisme. *« Le Naufragé »* fait partie de ses œuvres où il explore les limites de la condition humaine, souvent à travers des monologues obsessionnels. Dans ce texte, il interroge le concept de génie et ses conséquences sur ceux qui en sont témoins. L’adaptation radiophonique s’appuie sur la traduction de Bernard Kreiss, publiée chez Gallimard, et est représentée par l’Arche, une agence théâtrale. L’enregistrement a été réalisé en public et en direct du Festival d’Avignon, dans le jardin du musée Calvet, un lieu emblématique de cette manifestation culturelle.

Sujets complémentaires