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Risques liés au plomb : À Abidjan, une approche participative pour sensibiliser les familles et mieux protéger les enfants

The Conversation France · mis à jour il y a 11 j

L’ESSENTIEL Les peintures au plomb sont dangereuses, en particulier pour les jeunes enfants. De telles peintures sont encore commercialisées en Côte d’Ivoire, où les dangers du plomb sont mal connus par la population.

Peinture au plomb dangereuse

Le plomb est un métal toxique naturellement présent dans le sol, mais son utilisation industrielle et son recyclage ont fortement contaminé l’environnement. Même en faible quantité, il est dangereux car il n’a aucun rôle bénéfique dans le corps humain. Chez les jeunes enfants, il peut provoquer des troubles irréversibles comme des retards de croissance, des problèmes de comportement ou une baisse des capacités intellectuelles. Les adultes ne sont pas épargnés : une exposition prolongée augmente les risques de maladies rénales, d’hypertension ou de troubles cardiovasculaires. En 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait que le plomb était responsable de 3,5 millions de décès dans le monde, principalement à cause de ses effets sur le cœur et les vaisseaux sanguins. Une fois absorbé, le plomb se fixe dans les os et les dents, où il s’accumule pendant des années. Son élimination par l’organisme est très lente : il faut environ dix ans pour réduire de moitié sa concentration dans le sang après une contamination ponctuelle.

Enfants plus exposés

Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables au plomb en raison de leur comportement exploratoire : ils touchent souvent le sol, portent leurs mains à la bouche et rampent, ce qui augmente le risque d’ingérer des poussières ou des écailles de peinture contaminées. Leur cerveau, en plein développement, est très sensible aux effets neurotoxiques du plomb. Même à faible dose, cela peut entraîner des troubles de l’apprentissage, des difficultés de concentration ou des problèmes de motricité. Une étude citée dans l’article montre que des enfants exposés à des taux élevés de plomb aux États-Unis présentaient une perte significative de leurs fonctions intellectuelles, des problèmes de comportement à l’école et un risque accru de délinquance juvénile. En Côte d’Ivoire, les enfants sont aussi exposés via l’eau, les aliments ou les peintures des logements, où le plomb est encore présent malgré les risques sanitaires.

Réglementation insuffisante

Depuis 2022, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) limite à 90 parties par million (ppm) la quantité de plomb autorisée dans les peintures décoratives. Cependant, la Côte d’Ivoire n’a pas encore adopté de loi nationale pour faire respecter cette norme. En 2017, une analyse de 51 peintures vendues à Abidjan révélait que 63 % dépassaient ce seuil, dont 27 % avec des concentrations égales ou supérieures à 10 000 ppm. En 2022-2023, une nouvelle étude sur 15 pots de peinture a confirmé cette tendance, avec 9 échantillons contenant des taux élevés de plomb, principalement issus de quatre fabricants locaux. Ces peintures, encore commercialisées, représentent un danger pour les familles, d’autant que leurs risques sont mal connus de la population.

Projet pilote à Abidjan

Pour sensibiliser les familles aux dangers du plomb, une équipe de recherche pluridisciplinaire, incluant des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et des institutions ivoiriennes, a lancé un projet pilote à Abidjan. L’objectif était d’informer les femmes enceintes et les mères de jeunes enfants sur les risques liés aux peintures au plomb et de leur fournir des outils pour les détecter. Le projet a recruté 200 participantes dans des centres de santé, leur a remis une brochure explicative, un autotest facile à utiliser et un accès à une page web dédiée. L’autotest, fourni par une start-up néerlandaise, permet de repérer la présence de plomb dans les peintures en éclairant la surface avec une lampe à ultra-violets et en appliquant un réactif. Deux visites à domicile ont ensuite été réalisées pour évaluer les connaissances acquises et les mesures de prévention mises en place.

Résultats encourageants

Les autotests ont révélé que près d’un tiers des logements testés étaient contaminés par le plomb, sans lien avec les caractéristiques des ménages. Des tests sanguins réalisés sur 26 enfants ont confirmé leur exposition, avec une concentration moyenne de 76 microgrammes par litre (μg/L) de sang, bien au-dessus des seuils recommandés par l’OMS (50 μg/L). À titre de comparaison, en France, la moyenne était de 14,9 μg/L en 2014-2016, et de 5,25 μg/L aux États-Unis en 2021-2023. Initialement, seulement 3 % des participantes avaient déjà entendu parler du saturnisme, une maladie liée à l’intoxication au plomb. Après la sensibilisation, presque toutes ont pu citer des effets du plomb sur la santé et des mesures pour s’en protéger. Les mères vivant dans des logements contaminés ont également déclaré avoir adopté des comportements préventifs, comme empêcher leurs enfants de mettre des écailles de peinture à la bouche ou laver plus souvent leurs mains.

Ce que ça pourrait changer

L’autotest utilisé dans le projet permet une détection rapide et accessible du plomb dans les peintures, mais sa fiabilité et son impact sur les comportements restent à étudier plus en détail. Pour valider les résultats, les chercheurs ont également utilisé un détecteur portatif par fluorescence X (XRF), une technologie professionnelle qui mesure la concentration de plomb sans détruire la peinture. Les tests sanguins ont confirmé l’exposition des enfants, mais l’étude souligne que l’implication des participantes dans la détection (via l’autotest) n’a pas encore démontré un effet supérieur à une détection réalisée par un professionnel. Ce projet pilote ouvre nevertheless des pistes pour améliorer les politiques publiques de santé en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays de la région confrontés aux mêmes défis.

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