La tourterelle des bois, classée « vulnérable »
La chasse à la tourterelle des bois a été officiellement réautorisée par le gouvernement pour la saison 2026-2027. Un arrêté ministériel paru samedi 29 août autorise les chasseurs à tuer 12 000 tourterelles à partir du 30 août en France, sur l'ensemble du territoire hexagonal.
La tourterelle des bois (Streptopelia turtur) a été classée comme espèce « vulnérable » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2021. Cette désignation signifie que ses populations sont en déclin important à l'échelle mondiale, mettant en péril sa survie à moyen terme. En France, cette espèce est protégée depuis 1976, ce qui interdit normalement sa chasse. Cependant, une décision récente a autorisé à nouveau sa chasse dans le pays, suscitant des débats parmi les scientifiques et les associations de protection de la nature.
En 2023, le gouvernement français a pris la décision d'autoriser la chasse de la tourterelle des bois pour une durée limitée, malgré son statut de protection. Cette mesure s'inscrit dans le cadre d'un arrêté ministériel qui fixe des quotas de prélèvement. Les défenseurs de cette décision, comme la Fédération nationale des chasseurs, estiment qu'elle permet de réguler les populations tout en maintenant une tradition cynégétique. À l'inverse, des organisations comme l'UICN ou des associations écologistes dénoncent une atteinte à la biodiversité et une contradiction avec les engagements internationaux de la France en matière de protection des espèces.
Les partisans de la chasse à la tourterelle des bois avancent plusieurs arguments pour justifier cette pratique. Ils soulignent que cette espèce, bien que protégée, connaît une augmentation de ses effectifs dans certaines régions, notamment en raison de l'adaptation à des milieux agricoles modifiés. Ils estiment également que la chasse traditionnelle, encadrée par des quotas stricts, ne menace pas la survie de l'espèce. Selon eux, cette activité participe à la gestion des écosystèmes et au maintien d'un équilibre entre les espèces. Les chasseurs s'appuient sur des données locales pour défendre leur position.
Les associations de protection de la nature, telles que la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ou le Fonds mondial pour la nature (WWF), s'opposent fermement à cette décision. Elles rappellent que la tourterelle des bois a vu ses populations chuter de 40 % en Europe entre 1980 et 2015, selon les données de l'UICN. Pour elles, autoriser sa chasse revient à fragiliser davantage une espèce déjà menacée. Elles pointent également du doigt les lacunes des études utilisées pour justifier la reprise de la chasse, estimant que les données scientifiques ne sont pas suffisamment robustes pour garantir la pérennité de l'espèce.
La décision française s'inscrit dans un cadre légal complexe, où les directives européennes et les engagements internationaux entrent en conflit avec les traditions nationales. La directive européenne Oiseaux de 2009 impose aux États membres de protéger les espèces menacées, mais elle autorise des dérogations sous conditions strictes. La France a invoqué l'article 9 de cette directive pour justifier sa décision, arguant que la chasse est nécessaire pour prévenir des dommages importants aux cultures agricoles. Cependant, les écologistes contestent cette interprétation, soulignant que les preuves scientifiques manquent pour étayer cette justification.
Les scientifiques et les associations craignent que la reprise de la chasse n'aggrave le déclin de la tourterelle des bois. Cette espèce, qui migre entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne, est particulièrement sensible aux pressions exercées sur ses populations lors de ses haltes migratoires. Les quotas fixés par l'arrêté ministériel autorisent le prélèvement de 17 460 oiseaux en 2023, un chiffre jugé trop élevé par les opposants. Les écologistes appellent à une suspension immédiate de la chasse et à une révision des méthodes de suivi des populations pour éviter un effondrement irréversible de l'espèce.

