Baignade à Paris : plus de 180 000 personnes ont plongé dans la Seine cet été
Alors que Paris a connu plusieurs canicules cet été, les sites de baignade dans la Seine ont fait le plein. D'après un bilan de la Ville de Paris publié le 29 août, les trois sites gratuits, situés au bras Marie, à Bercy et à Grenelle, ont accueilli 120 000 baigneuses et baigneurs en huit semaines cet été.
L'été 2024 a marqué un tournant historique pour la baignade dans la Seine à Paris, avec plus de 180 000 personnes ayant profité des zones autorisées. Cette affluence record s'inscrit dans le cadre des efforts de la Ville de Paris pour réhabiliter la qualité de l'eau du fleuve, longtemps pollué par les rejets urbains et industriels. Les autorités municipales ont investi 1,4 milliard d'euros depuis 2018 dans des infrastructures de dépollution, comme le système de déversoir d'orage qui permet de limiter les rejets de eaux usées non traitées en cas de fortes pluies. Ces travaux visent à respecter les normes européennes de qualité de l'eau, notamment la directive cadre sur l'eau (DCE) qui impose une eau apte à la baignade pour au moins 90 % des jours de l'année. La Seine, long de 777 kilomètres, traverse Paris et est un axe majeur du paysage parisien, mais son utilisation pour la baignade avait été interdite depuis 1923 en raison de sa pollution.
Seules trois zones de baignade ont été ouvertes cet été dans la Seine, toutes situées en amont du centre-ville pour limiter les risques sanitaires. La première, Les Berges de Seine, est accessible près de l'île Saint-Louis, la deuxième se trouve près du Parc de Bercy, et la troisième est située à Asnières-sur-Seine, en périphérie nord de Paris. Ces sites ont été choisis après des analyses bactériologiques rigoureuses menées par l'Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France et la Direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS). Les tests ont confirmé que la qualité de l'eau répondait aux exigences sanitaires pour la baignade, avec des taux de bactéries Escherichia coli (E. coli) inférieurs à 1 000 UFC/100 ml, une norme européenne. Cependant, des restrictions ponctuelles ont été appliquées en cas de forte pluie, lorsque les déversoirs d'orage se déclenchent, entraînant une dilution des eaux usées non traitées.
Plusieurs acteurs institutionnels ont joué un rôle clé dans l'organisation de ces baignades. La Ville de Paris, dirigée par la maire Anne Hidalgo, a coordonné les travaux de dépollution et la gestion des sites. Voies navigables de France (VNF), l'établissement public gestionnaire des voies d'eau, a participé à la sécurisation des zones et à la surveillance de la qualité de l'eau. Suez, l'entreprise spécialisée dans la gestion de l'eau, a été chargée de la maintenance des infrastructures de traitement. Enfin, l'Agence de l'eau Seine-Normandie, un organisme public, a financé une partie des projets à hauteur de 500 millions d'euros. Ces acteurs ont collaboré pour garantir la sécurité des baigneurs, avec des équipes de secours et des panneaux d'information sur les risques résiduels.
Malgré les efforts déployés, des risques sanitaires persistent pour les baigneurs. Les analyses régulières révèlent la présence occasionnelle de bactéries comme E. coli ou des virus, notamment après des épisodes pluvieux intenses. Ces micro-organismes peuvent provoquer des troubles digestifs ou des infections cutanées. Pour limiter ces risques, la Ville de Paris a mis en place un système d'alerte en temps réel, basé sur des capteurs connectés qui mesurent en continu la qualité de l'eau. En cas de dépassement des seuils autorisés, les zones de baignade sont immédiatement fermées. Les autorités rappellent que ces sites restent des espaces expérimentaux, où la baignade reste sous la responsabilité individuelle des usagers. Les enfants de moins de 12 ans doivent être accompagnés d'un adulte.
L'objectif de la Ville de Paris est d'étendre les zones de baignade à d'autres sites d'ici 2025, notamment dans le centre-ville, où des projets de réhabilitation des berges sont en cours. Une étude de faisabilité est actuellement menée pour évaluer la possibilité d'ouvrir une zone près du *Pont des Arts* ou du *Quai d'Orsay*. Parallèlement, des travaux supplémentaires sont prévus pour améliorer encore la qualité de l'eau, avec un budget de 200 millions d'euros alloué jusqu'en 2026. Ces initiatives s'inscrivent dans une volonté plus large de reconnecter les Parisiens à leur fleuve, tout en respectant les contraintes environnementales. Cependant, des associations comme *Robin des Bois* alertent sur les risques de pollution résiduelle et demandent des garanties supplémentaires avant toute extension des zones autorisées.

