En Iran, Trump prend le risque d’une nouvelle “guerre sans fin” pour les États-Unis
Cessez-le-feu rompu et détroit d’Ormuz de nouveau bloqué : l’accord entre Téhéran et Washington semble dans l’impasse, comme si les deux belligérants y avaient vu “le prolongement de la guerre par d’autres moyens et non un tremplin vers la paix”, relève un expert dans “The New York Times”. Pour le quotidien américain, après le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan, les États-Unis sont tombés dans le piège d’un nouveau conflit sans issue..
Les tensions entre les États-Unis et l’Iran remontent à 1979, année de la révolution islamique qui a renversé le chah d’Iran et conduit à la prise en otage de 60 Américains. Depuis, les deux pays sont engagés dans un conflit intermittent, marqué par des périodes de crise aiguë et des accords temporaires, comme celui de 2015 sur le programme nucléaire iranien. Cet accord, signé sous la présidence de Barack Obama, avait permis un assouplissement des sanctions contre l’Iran en échange de la limitation de ses activités nucléaires. Cependant, Donald Trump l’a dénoncé en 2018, relançant les tensions. Le conflit actuel s’inscrit donc dans une rivalité de longue date, où chaque camp cherche à affaiblir l’autre par des moyens militaires, diplomatiques ou économiques.
Donald Trump a lancé une opération militaire contre l’Iran en 2026 avec deux objectifs principaux : provoquer un changement de régime à Téhéran ou, à défaut, supprimer le programme nucléaire iranien. Ces objectifs s’inscrivaient dans sa promesse électorale de mettre fin aux guerres sans fin, comme celles en Afghanistan ou en Irak, qui ont coûté cher aux États-Unis en vies humaines et en finances. Cependant, après plusieurs mois de conflit, aucun de ces buts n’a été atteint. Les frappes militaires et les négociations n’ont pas permis de faire plier le régime iranien, qui reste en place et continue de développer ses capacités nucléaires. Cette situation illustre un problème récurrent dans l’histoire américaine : l’illusion de pouvoir résoudre un conflit par la force sans en mesurer les conséquences à long terme.
Contrairement aux guerres en Afghanistan ou en Irak, où les États-Unis ont déployé des centaines de milliers de soldats sur le terrain, la stratégie de Trump en Iran repose principalement sur des frappes aériennes et maritimes. Cette approche vise à éviter un engagement terrestre massif, politiquement impopulaire aux États-Unis. Cependant, cette méthode limite l’efficacité des opérations, car elle ne permet pas de contrôler durablement le territoire ou la population. De plus, l’Iran dispose de moyens de représailles, notamment en bloquant le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite une grande partie du pétrole mondial. Ce détroit, situé entre l’Iran et Oman, est un point de passage clé pour les exportations pétrolières du Golfe. Son blocage pourrait causer des perturbations économiques majeures, tant pour l’Iran que pour ses adversaires.
Les négociations entre les États-Unis, Israël et l’Iran n’ont pas abouti à un accord durable. Un protocole d’accord avait été signé en 2026, mais il a été rompu en moins d’un mois, car chaque camp l’a interprété comme une continuation de la guerre par d’autres moyens plutôt que comme une étape vers la paix. Ali Vaez, directeur de l’International Crisis Group, souligne que l’absence de stratégie à long terme rend la situation ingérable. Les deux camps semblent incapables de respecter même les accords les plus basiques, ce qui fait craindre une escalade vers une guerre permanente. Cette dynamique rappelle d’autres conflits où les États-Unis se sont enlisés, comme au Vietnam ou en Irak, sans parvenir à une issue claire.
Les experts, comme Lawrence D. Freedman du King’s College de Londres, mettent en garde contre l’illusion de la guerre courte. Les dirigeants puissants, comme Trump ou Vladimir Poutine en Ukraine, sous-estiment souvent les limites de la force militaire et fixent des objectifs irréalistes. Dans le cas de l’Iran, Trump cherche à garantir l’ouverture du détroit d’Ormuz, mais l’Iran, déterminé à en contrôler l’accès, pourrait prolonger le conflit indéfiniment. Suzanne Maloney, de la Brookings Institution, estime qu’il n’y aura pas de retour à la situation d’avant la guerre. L’Iran dispose désormais d’un levier économique puissant grâce à ce détroit, et il n’est pas prêt à céder. Un nouvel équilibre pourrait émerger, mais il serait moins favorable aux États-Unis, qui devraient accepter une présence iranienne renforcée dans la région.
La guerre en Iran diffère des conflits en Afghanistan ou en Irak, où les États-Unis ont déployé des troupes au sol pour des missions de contre-insurrection. En Iran, l’absence de soldats américains sur place limite les risques immédiats pour Washington, mais elle réduit aussi l’efficacité des opérations. De plus, contrairement à ces guerres, l’Iran peut infliger des dommages économiques directs aux États-Unis en bloquant le détroit d’Ormuz, ce qui rend le conflit plus dangereux. Vali Nasr, professeur à Johns Hopkins, souligne que les enjeux sont bien plus élevés pour l’Iran, qui est prêt à maintenir une intensité élevée, tandis que les États-Unis pourraient finir par se lasser. Cette asymétrie des motivations rend la fin du conflit encore plus incertaine.
Israël joue un rôle clé dans cette crise, poussant les États-Unis à adopter une posture plus agressive envers l’Iran. Le conflit entre Israël et l’Iran s’étend au-delà des frontières iraniennes, avec des affrontements indirects via des groupes paramilitaires alliés de l’Iran, comme le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen ou des milices en Syrie. Trump, en s’impliquant dans ce conflit, s’inscrit dans une dynamique régionale où Israël cherche à affaiblir l’influence iranienne. Cependant, cette alliance pourrait se retourner contre les États-Unis, car elle risque de prolonger les tensions sans apporter de solution durable. Les critiques, comme Aaron David Miller de la Fondation Carnegie, soulignent que cette guerre pourrait devenir un fardeau politique pour Trump, même si ses partisans la présentent comme une victoire.
Les experts s’accordent à dire qu’il n’y aura pas de retour à la situation d’avant la guerre. L’Iran, renforcé par sa capacité à perturber le détroit d’Ormuz, n’est pas prêt à céder sur ses revendications. Un nouvel équilibre pourrait émerger, mais il serait marqué par une présence iranienne plus forte dans la région, au détriment des intérêts américains. La fin du conflit par la négociation semble lointaine, d’autant que les deux camps ont démontré leur incapacité à respecter même les accords les plus élémentaires. Ali Vaez avertit que l’échec actuel pourrait faire basculer la région dans une guerre permanente, où les affrontements ponctuels deviendraient la norme plutôt que l’exception.

