Pas «pragmatique», court-termiste
Il est irresponsable et inexact de qualifier de pragmatiques des politiciens qui proposent de sacrifier notre avenir..
Dans le contexte nord-américain, le terme pragmatique est souvent associé à une approche basée sur le common sense (ou «gros bon sens»), synonyme de rationalité et de bon jugement. Il est fréquemment utilisé par les médias et les partis politiques pour décrire des décisions qui évitent les excès ou les positions idéologiques tranchées. Cependant, cet article critique l'emploi de ce mot dans le débat climatique, car il peut masquer des choix qui privilégient des gains à court terme au détriment de solutions durables. Par exemple, reporter des actions contre les changements climatiques est présenté comme «pragmatique», alors que les conséquences en sont irréversibles et coûteuses. Le texte souligne que ce terme, dans ce contexte, sert souvent à justifier une vision électorale plutôt qu'une vision responsable à long terme.
L'article rappelle que les bouleversements climatiques sont déjà une réalité, avec des conséquences irréversibles. Selon un rapport des Nations unies, le réchauffement de la planète devrait dépasser la limite de 1,5 degré Celsius dans les prochaines années, une augmentation qui entraînera des catastrophes naturelles plus fréquentes et plus intenses. Au Canada, un rapport fédéral indique que les répercussions du changement climatique sont désormais largement irréversibles et que les températures du pays pourraient augmenter de 3,5 degrés d'ici la fin du siècle. Ces changements menacent la sécurité publique, l'économie, les migrations internationales et la stabilité des institutions démocratiques. Les exemples cités incluent les feux de forêt, les tempêtes, les inondations, les canicules et les pénuries d'eau, dont les coûts humains et économiques sont déjà visibles.
L'article compare la gestion financière personnelle à la gestion politique pour illustrer l'absurdité du terme «pragmatique» dans le débat climatique. Par exemple, un conseiller en finances personnelles ne qualifierait jamais de «pragmatique» une personne qui néglige son avenir financier en ne cotisant pas à un REER (Régime enregistré d'épargne-retraite) ou à un CELI (Compte d'épargne libre d'impôt). Pourtant, des élus sont décrits comme «pragmatiques» lorsqu'ils reportent des actions contre les changements climatiques, alors que les coûts futurs seront bien plus élevés. L'expression anglaise penny-wise and pound-foolish (littéralement «économe sur le penny et fou sur la livre») illustre cette idée : économiser de petites sommes aujourd'hui peut coûter très cher demain. L'article souligne que le fardeau de la preuve devrait reposer sur ceux qui utilisent ce terme pour justifier des choix irresponsables.
L'article propose de remplacer le terme «pragmatique» par «électoraliste» ou «court-termiste» pour décrire des décisions politiques qui privilégient les gains immédiats, souvent en vue des prochaines élections. Les systèmes démocratiques occidentaux, comme celui du Canada, sont critiqués pour leur incapacité à encourager une réflexion à long terme, car les mandats électoraux sont généralement limités à quatre ans. En revanche, certaines traditions autochtones, comme celles des peuples autochtones d'Amérique du Nord, intègrent une vision sur sept générations dans leurs prises de décision. Cette approche contraste fortement avec le court-termisme occidental, où les décisions sont souvent prises sans tenir compte des générations futures. L'article suggère que ce vocabulaire plus précis permettrait de mieux évaluer les engagements politiques sur le climat.
L'article cite Mark Carney, une figure financière et politique, pour illustrer le problème du court-termisme. Carney est présenté comme un exemple de «pragmatisme» pour son soutien à des projets comme les pipelines, qui favorisent des intérêts économiques immédiats au détriment de la lutte contre les changements climatiques. Selon l'article, ces choix sont en réalité court-termistes, car ils ignorent les risques climatiques à long terme et les coûts associés. L'auteur propose que les médias et le public adoptent un vocabulaire plus précis pour décrire ces positions, afin de mieux refléter leur impact réel sur l'avenir. Cela permettrait de clarifier les enjeux et de responsabiliser les décideurs politiques.
L'article conclut sur l'importance des mots dans le débat public, en soulignant que leur pouvoir est souvent sous-estimé. Il rappelle que la manière dont les médias et les partis politiques présentent les enjeux climatiques influence la perception du public. Par exemple, nier ouvertement les changements climatiques est désormais marginalisé, car les faits scientifiques sont incontestables. Cependant, des termes comme «pragmatique» peuvent servir à normaliser des positions qui, en réalité, sont irresponsables. L'auteur appelle à une réflexion plus critique sur le vocabulaire utilisé, afin de mieux aligner les choix politiques avec les défis réels de notre époque. Cela inclut de privilégier une vision à long terme, comme le font certaines traditions autochtones, plutôt que de se limiter à des horizons électoraux étroits.

