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1996-2026 : avons-nous enfin compris qui sont les talibans ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 28 sept.

Trente ans après leur première prise de Kaboul, les Talibans sont de retour au pouvoir dans un Afghanistan plongé dans une crise profonde. Pourquoi la répression, notamment envers les femmes, s’est-elle durcie ? Et comment l’intervention américaine a-t-elle conduit à cette situation ?.

Origines des talibans

Les talibans, mouvement islamiste armé, émergent en Afghanistan en 1994 dans un contexte de guerre civile suivant le retrait des troupes soviétiques en 1989. Leur nom signifie étudiants en pachto, reflétant leur origine parmi des jeunes formés dans des madrasas, écoles coraniques souvent situées près de la frontière pakistanaise. En septembre 1996, ils prennent le contrôle de Kaboul et instaurent un régime fondé sur une interprétation rigoriste de l’islam, la charia, appliquée de manière brutale. Ce régime, marqué par l’oppression des femmes et des minorités, est reconnu uniquement par trois pays : le Pakistan, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Leur première prise de pouvoir dure jusqu’en 2001, année où ils sont chassés par une intervention militaire internationale menée par les États-Unis, après les attentats du 11 septembre 2001.

Intervention américaine

L’intervention américaine en Afghanistan en 2001, sous le prétexte de lutter contre le terrorisme et d’y installer une démocratie, s’étend sur vingt ans. Officiellement, l’objectif était de reconstruire le pays, de former des institutions locales et de moderniser la société afghane. Cependant, malgré un investissement de plus de 2 000 milliards de dollars et la présence de 100 000 soldats étrangers à son pic, cette mission échoue à stabiliser le pays. Les talibans, affaiblis mais jamais éradiqués, regagnent progressivement du terrain. En août 2021, ils reprennent Kaboul sans combat majeur, marquant la fin précipitée de l’intervention occidentale. Cette défaite est perçue comme un échec stratégique et symbolique pour les États-Unis et leurs alliés.

Retour des talibans en 2021

En août 2021, les talibans reprennent le pouvoir en Afghanistan après le retrait des troupes américaines et de leurs alliés. Contrairement à 1996, leur retour s’accompagne d’une stratégie plus pragmatique : ils évitent les massacres massifs et promettent une amnistie aux anciens adversaires. Cependant, leur régime reste isolé sur la scène internationale, soumis à des sanctions économiques qui aggravent la crise humanitaire. Aujourd’hui, 90 % de la population afghane vit en insécurité alimentaire, selon les estimations des Nations unies. Le pays dépend presque entièrement de l’aide internationale, mais les fonds sont bloqués ou détournés par les nouvelles autorités.

Durcissement de la répression

Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont durci leur politique répressive, notamment envers les femmes. Ces dernières sont désormais interdites d’accès à l’éducation secondaire et supérieure, ainsi que de travailler dans la plupart des secteurs publics. Les femmes doivent se couvrir intégralement en public, souvent avec une burqa, et ne peuvent plus voyager sans un mahram (tuteur masculin). Les talibans justifient ces mesures par leur interprétation de la charia, qu’ils appliquent de manière stricte et uniforme. Cette répression s’accompagne d’une surveillance accrue, avec des arrestations arbitraires et des exécutions publiques. Les droits humains sont systématiquement bafoués, selon les rapports d’organisations comme Amnesty International.

Crise économique et sanctions

L’économie afghane est en état de collapse depuis le retour des talibans. Le pays dépend à 80 % des aides internationales, mais ces fonds sont gelés ou réduits en raison des sanctions imposées par la communauté internationale. Le produit intérieur brut (PIB) afghan a chuté de 30 % depuis 2021, et le chômage atteint des niveaux records. Les talibans tentent de contourner ces restrictions en développant des activités illicites, comme le trafic de drogue ou l’exploitation minière illégale, mais ces revenus sont insuffisants pour relancer l’économie. La population souffre de pénuries alimentaires, de coupures d’électricité et d’un système bancaire paralysé. Les Nations unies estiment que 24 millions d’Afghans, soit plus de la moitié de la population, ont besoin d’une aide humanitaire urgente.

Ce que ça pourrait changer

Gilles Dorronsoro, professeur de sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et auteur de *Le gouvernement transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite* (2021), analyse la situation afghane comme le résultat d’une série d’erreurs stratégiques. Selon lui, l’intervention américaine a sous-estimé la complexité du pays et surestimé sa capacité à imposer une démocratie libérale. Dorronsoro souligne que les talibans n’ont pas fondamentalement changé depuis 1996 : leur idéologie reste fondée sur une vision rigoriste de l’islam, mais leur pragmatisme politique leur permet de survivre. Il explique aussi que la répression actuelle est une réponse à la peur des talibans de perdre le contrôle, dans un contexte où leur légitimité est contestée par une partie de la population.

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