Chine : que faire quand les enfants ne veulent plus aller à l’école ?
Le refus des enfants d’aller à l’école, loin d’être un signe de paresse, cache souvent un profond désarroi. Dans les grandes villes chinoises, les hôpitaux ont mis en place des unités pour répondre à ce phénomène grandissant, décrit ce reportage du “Zhongguo Qingnian Bao”, ou “Journal de la jeunesse de Chine”..
En Chine, notamment dans les grandes villes comme Pékin et Shanghai, un phénomène inquiétant prend de l'ampleur : la phobie scolaire (ou refus scolaire anxieux). Il s'agit d'un trouble psychologique où un enfant, malgré son désir initial, est incapable de se rendre à l'école en raison d'une anxiété intense. Les symptômes sont variés : crises de panique, maux de tête, vertiges ou même des appels à la police pour éviter d'y aller. Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas de la paresse, mais une souffrance réelle. Les hôpitaux pédiatriques chinois ont même créé des unités spécialisées pour prendre en charge ces cas. Par exemple, l'unité de psychiatrie du CHU de Fudan à Shanghai reçoit plus de 4 200 patients par mois, dont une part croissante de cas de phobie scolaire depuis le début de l'année scolaire 2026.
Les causes de la phobie scolaire sont complexes et varient selon les enfants. Elles peuvent être liées à des traits de caractère comme une grande sensibilité ou une précocité intellectuelle, à des facteurs familiaux (conflits, pression parentale) ou à des problèmes scolaires (pression des notes, relations conflictuelles avec les enseignants ou les autres élèves). Par exemple, un enfant peut développer ce trouble après un échec à un examen mineur ou une altercation avec un professeur. Les parents ont souvent tendance à attribuer ce problème à des causes externes comme Internet, mais les spécialistes soulignent que ce n'est qu'un facteur parmi d'autres. La goutte d'eau qui fait déborder le vase peut être un événement anodin en apparence, mais qui s'ajoute à un mal-être accumulé.
Les parents jouent un rôle central dans l'apparition ou l'aggravation de la phobie scolaire, souvent sans le vouloir. Beaucoup placent une pression excessive sur les résultats scolaires de leur enfant, comme l'exigence de cinq jours d'école par semaine ou la planification de son avenir académique dès le lycée. Certains vont jusqu'à menacer de le renvoyer dans leur village d'origine s'il refuse d'y aller. D'autres, obsédés par l'idée de le faire entrer dans une école internationale, espèrent que le médecin les aidera à le convaincre de passer les tests d'admission. Ces attitudes, bien que motivées par l'amour parental, peuvent aggraver l'anxiété de l'enfant. Par exemple, une mère a tenté un système de donnant-donnant sans succès, tandis qu'un père a forcé son enfant à consulter en lui faisant croire qu'il s'agissait d'une visite chez un gastro-entérologue.
La phobie scolaire a des répercussions graves sur la santé mentale de l'enfant. Certains développent des symptômes physiques comme des sueurs froides, des palpitations ou des maux de tête dès qu'ils approchent de l'école. D'autres tombent dans un mutisme prolongé ou présentent des marques d'automutilation, comme des égratignures sur les poignets. Ces signes indiquent une lutte intérieure intense, où l'enfant tente de résister à une pression qu'il perçoit comme insurmontable. Par exemple, la jeune Ye Yun a caché ses difficultés pendant des mois avant de réaliser qu'elle souffrait d'une dépression sévère et d'un trouble bipolaire. Sa mère, initialement, lui a conseillé de garder ça pour elle et de ne pas en parler aux professeurs, illustrant ainsi l'incompréhension fréquente des parents face à ces troubles.
Les spécialistes, comme Li Ying de l'Hôpital pour enfants de Pékin, insistent sur l'importance d'une approche bienveillante et progressive. Le retour à l'école ne doit pas être l'objectif immédiat, mais une conséquence naturelle de la guérison psychologique. Les médecins recommandent aux parents de laisser leur enfant recharger son énergie psychique en lui accordant un temps de repos. Forcer l'enfant à retourner en classe peut aggraver son repli sur lui-même. Par exemple, un enfant qui a appelé la police pour éviter d'aller à l'école a finalement été aidé par une attitude compréhensive de ses parents. Les spécialistes comparent la phobie scolaire à une forme de vitalité, une résistance saine contre une pression excessive, et soulignent la nécessité de trouver un équilibre entre les attentes familiales et le bien-être de l'enfant.
Les parents ont souvent tendance à attribuer la phobie scolaire de leur enfant à une addiction aux écrans ou à Internet. Certains coupent toute connexion ou cassent des tablettes pour punir leur enfant. Cependant, les spécialistes comme Li Ying nuancent cette explication. Selon eux, Internet peut aussi offrir aux enfants un point de vue neutre, loin des jugements parentaux. La guerre contre les écrans révèle souvent un manque de présence et de dialogue au sein de la famille. Par exemple, un enfant qui se sent jugé par ses parents peut trouver dans les réseaux sociaux un espace de liberté, ce qui, paradoxalement, peut aggraver son isolement. Les médecins conseillent plutôt de renforcer la communication familiale pour comprendre les émotions refoulées de l'enfant.
Le diagnostic de la phobie scolaire repose sur l'observation des symptômes physiques et émotionnels. Les enfants concernés peuvent présenter des signes de dépression, d'anxiété ou de troubles bipolaires. Les médecins, comme ceux du centre de consultation pour phobies scolaires de l'hôpital pédiatrique de Pékin, doivent souvent rassurer les parents sceptiques, qui doutent que leur enfant ressente une réelle souffrance. La solution passe par un travail sur la relation parent-enfant et sur l'environnement scolaire. Par exemple, un enfant qui refuse d'aller à l'école parce qu'il est harcelé peut nécessiter un changement d'établissement ou un accompagnement psychologique. Les spécialistes insistent sur l'importance de ne pas minimiser les émotions de l'enfant et de lui offrir un espace pour s'exprimer librement.

