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Comment aller bien dans un monde qui va mal ? Lisez Épictète

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 14 j

Si vous avez l'impression que l'actualité est de plus en plus anxiogène, vous pouvez trouver des ressources pour aller mieux dans la philosophie stoïcienne, en particulier chez Épictète. Cet ancien esclave devenu philosophe nous aide à affronter plus sereinement le monde, grâce à son manuel..

Crise et philosophie stoïcienne

Face à un monde marqué par des crises multiples comme les canicules, les guerres ou les violences sexistes, l’actualité peut générer de l’anxiété. L’article souligne que cette situation n’est pas nouvelle et risque de perdurer. Plutôt que de se résigner ou de se couper du monde, la philosophie stoïcienne, notamment celle d’Épictète, propose des outils pour affronter ces défis avec sérénité. Cette approche ne relève ni de l’individualisme extrême ni de l’indifférence, mais vise à mieux vivre dans un environnement complexe. Le stoïcisme, développé au Ier siècle de notre ère, repose sur l’idée d’une raison universelle appelée le Logos, qui organise l’univers. Pour les stoïciens, le bonheur et la liberté passent par l’alignement de sa propre raison sur cet ordre cosmique.

Épictète et son enseignement

Épictète, ancien esclave devenu philosophe, est l’une des trois figures majeures du stoïcisme, aux côtés de Sénèque et Marc Aurèle. Contrairement à une idée reçue, il n’a pas écrit lui-même son Manuel, mais ce texte a été rédigé par son élève Arrien pour transmettre ses enseignements. Olivier D’Jeranian, philosophe spécialiste d’Épictète, le décrit comme un théoricien de l’éducation stoïcienne qui a mis au point des méthodes pédagogiques pour aider ses disciples à appliquer la philosophie dans leur vie quotidienne. L’objectif est de cultiver le bonheur et la vertu, même dans des circonstances difficiles. Le Manuel est un texte court, mais dense, qui résume ces principes de manière accessible.

La dichotomie du contrôle

Le concept central d’Épictète est la dichotomie du contrôle, une distinction simple mais puissante entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Selon lui, notre liberté et notre bonheur reposent uniquement sur ce que nous pouvons maîtriser : nos jugements, nos opinions, nos désirs et nos choix. En revanche, des éléments comme la richesse, le statut social, les actions d’autrui ou les événements mondiaux échappent à notre contrôle. Épictète compare cette division à un territoire où l’on règne en monarque absolu : même Dieu ou le destin ne peuvent influencer notre âme. En cherchant à contrôler ce qui ne dépend pas de nous, nous perdons notre liberté et notre sérénité. Cette idée est illustrée par la formule : Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les jugements qu’ils portent sur les choses.

Le rôle des représentations

Pour Épictète, les représentations jouent un rôle clé dans notre perception des événements. Selon lui, un événement en soi n’est ni bon ni mauvais : c’est l’opinion que nous nous en forgeons qui détermine notre réaction. Par exemple, la mort est un phénomène naturel et inévitable, mais c’est notre jugement sur elle qui peut nous rendre malheureux. Épictète illustre ce principe avec la mort dans le Manuel : La mort en elle-même n’est pas un mal. Ce qui est un mal, c’est l’opinion selon laquelle elle est un mal. Cette approche demande un effort conscient pour travailler sur la manière dont nous interprétons les situations. Comme le souligne la philosophe Ilaria Gaspari, cette prise de conscience peut être révolutionnaire et donner de la force.

Émotions et impassibilité

Une idée reçue associe le stoïcisme à l’insensibilité, mais Épictète et ses disciples rejettent cette interprétation. Pour eux, être stoïque ne signifie pas devenir insensible, mais plutôt cultiver l’impassibilité, c’est-à-dire la capacité à rester maître de ses émotions sans se laisser submerger par elles. Les émotions sont naturelles et temporaires, tandis que les passions (comme la colère ou la peur excessive) peuvent être destructrices. L’objectif n’est pas de supprimer les émotions, mais d’éviter qu’elles ne dictent nos actions. Cette maîtrise s’acquiert par un entraînement quotidien, à l’image d’un sportif qui s’exerce régulièrement. L’impassibilité permet d’agir de manière plus efficace, car elle libère l’esprit des perturbations inutiles.

Ce que ça pourrait changer

L’impassibilité stoïcienne ne conduit pas à la passivité, bien au contraire. Une fois que l’on a compris que certains événements échappent à notre contrôle, on peut agir de manière plus efficace et altruiste. Épictète et les stoïciens insistent sur l’importance de l’*action* et du *devoir civique*. Ils refusent de s’engager dans des causes injustes, mais défendent la liberté de pensée et critiquent l’autoritarisme. Par exemple, Épictète a été exilé par l’empereur Domitien pour ses idées. Le philosophe Pierre Hadot résume cette dualité : *La tranquillité d’âme n’est possible que si on a conscience d’avoir agi en essayant de faire le bien et donc en agissant pour les autres*. Cette approche rejoint la maxime de Sénèque : *Vis pour autrui si tu veux vivre pour toi*.

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