Le “calcul félicifique” chez Bentham, c’est quoi ?
Jeremy Bentham (1748-1832), philosophe et juriste anglais, est considéré comme le père de l’**utilitarisme**, une théorie morale qui place le bonheur au cœur de ses principes. Selon lui, une action est moralement juste si elle tend à augmenter le bonheur du plus grand nombre de personnes. Cette idée s’oppose à deux autres principes moraux de son époque : le *principe d’ascétisme*, qui valorise la douleur comme une vertu, et le *principe de sympathie*, qui juge une action en fonction des sentiments individuels. Bentham formule ainsi son principe central dans son ouvrage *Fragment sur le gouvernement* (1776) : *« Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre est la mesure du juste et de l’injuste. »* Son approche vise à fonder une morale et une législation objectives, adaptées à la société industrielle anglaise du XVIIIe siècle, marquée par des inégalités croissantes et un besoin de régulation sociale.
Jeremy Bentham (1748-1832), philosophe et juriste anglais, est considéré comme le père de l’utilitarisme, une théorie morale qui place le bonheur au cœur de ses principes. Selon lui, une action est moralement juste si elle tend à augmenter le bonheur du plus grand nombre de personnes. Cette idée s’oppose à deux autres principes moraux de son époque : le principe d’ascétisme, qui valorise la douleur comme une vertu, et le principe de sympathie, qui juge une action en fonction des sentiments individuels. Bentham formule ainsi son principe central dans son ouvrage Fragment sur le gouvernement (1776) : « Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre est la mesure du juste et de l’injuste. » Son approche vise à fonder une morale et une législation objectives, adaptées à la société industrielle anglaise du XVIIIe siècle, marquée par des inégalités croissantes et un besoin de régulation sociale.
Le calcul félicifique (ou felicific calculus) est une méthode proposée par Bentham pour quantifier et maximiser le bonheur collectif. Il repose sur l’idée que le bonheur est une somme de plaisirs et que ces plaisirs peuvent être mesurés selon sept critères : l’intensité, la durée, la certitude, la proximité, la fécondité (capacité à engendrer d’autres plaisirs), la pureté (absence de conséquences négatives) et la portée (nombre de personnes concernées). Le législateur doit alors évaluer chaque action en additionnant les plaisirs et en soustrayant les douleurs qu’elle engendre. Si le bilan est positif, l’action est considérée comme moralement juste. Bentham identifie également 14 types de plaisirs, comme ceux liés aux sens, à la richesse, à l’amitié ou au pouvoir, afin d’aider le législateur à comprendre les motivations humaines et à adapter les lois pour favoriser le bonheur général.
Le calcul félicifique s’inscrit dans le contexte de la révolution industrielle anglaise (à partir de 1760), qui a transformé l’économie mais aussi généré des inégalités sociales. Alors que l’optimisation de la productivité et du rendement du travail, théorisée par Adam Smith dans La Richesse des nations (1776), enrichissait une partie de la population, elle marginalisait une autre partie, créant un climat d’insécurité et de mécontentement. Bentham propose sa théorie comme une réponse morale et juridique à ces défis, en cherchant à concilier prospérité économique et justice sociale. Son approche vise à fonder une société où les lois ne sont plus basées sur des principes abstraits ou religieux, mais sur des critères concrets et mesurables, comme le bonheur collectif.
Le calcul félicifique de Bentham a suscité plusieurs critiques, notamment de la part de son neveu, John Stuart Mill, qui lui reproche de réduire le bonheur à une simple addition de plaisirs individuels. Mill affirme dans L’Utilitarisme (1863) qu’il est préférable d’être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, soulignant que certains plaisirs, comme ceux liés à l’intellect ou à la morale, ont une valeur supérieure à d’autres. D’autres critiques pointent le risque d’un calcul moral trop rigide, qui pourrait justifier des actions immorales si elles maximisent le bonheur global, comme sacrifier un individu pour en sauver cinq. Malgré ces limites, le calcul félicifique a marqué l’histoire en inspirant les méthodes modernes d’évaluation des politiques publiques, en transformant la morale en une science des conséquences.
Bien que le *calcul félicifique* de Bentham ait été critiqué pour son approche trop quantitative et individualiste, il a eu un impact durable sur la philosophie morale et la législation. Son idée que les lois doivent viser à maximiser le bonheur collectif a influencé des réformes juridiques et sociales, notamment en Angleterre. Bentham a également inspiré des penseurs comme John Stuart Mill, qui a nuancé sa théorie en introduisant la notion de *plaisirs supérieurs* et *inférieurs*. Aujourd’hui, son approche reste une référence dans les débats sur l’éthique publique et l’évaluation des politiques sociales, bien que ses limites aient conduit à des théories plus complexes, comme l’utilitarisme moderne ou l’éthique des vertus.

