Paludisme : en Afrique, des moustiques hors de contrôle sous l’effet du réchauffement climatique
La crise climatique produit ses effets sur les moustiques et, ce faisant, sur la transmission du paludisme. En effet, les scientifiques constatent que les grandes villes ainsi que l’Est africain, jusque-là épargnés, sont devenus des zones de propagation de la maladie.
Une nouvelle espèce de moustique, appelée Anopheles stephensi, a été identifiée en Afrique. Originaire du Pakistan ou de l’Inde, elle est arrivée sur le continent africain vers 2013. Contrairement aux moustiques déjà présents, cette espèce prospère particulièrement dans les zones urbaines, où le paludisme n’était pas considéré comme une menace majeure auparavant. Les scientifiques soulignent sa capacité à s’adapter rapidement à de nouveaux environnements, ce qui en fait une espèce invasive. Ce terme désigne une espèce étrangère à un écosystème qui, une fois introduite, se développe au détriment des espèces locales et peut perturber l’équilibre naturel. L’arrivée de Anopheles stephensi en Afrique représente donc un changement significatif dans la dynamique de propagation du paludisme sur le continent.
L’étude publiée dans la revue Science révèle que l’espèce Anopheles stephensi a développé une résistance génétique à tous les insecticides actuellement utilisés dans les campagnes de lutte contre les moustiques. Ces produits chimiques, comme les pyréthrinoïdes ou le DDT, sont couramment employés pour tuer les moustiques ou les repousser. Cependant, les chercheurs ont découvert que cette espèce possède des mutations génétiques qui lui permettent de survivre à ces traitements. Le docteur Ochomo, chef du département d’entomologie de l’Institut de recherche médicale du Kenya, qualifie cette résistance de « capacité d’adaptation affolante », soulignant que les méthodes actuelles de contrôle des moustiques ne sont plus efficaces contre cette espèce. Cette résistance a été confirmée après l’analyse de spécimens collectés dans dix pays africains.
La propagation de Anopheles stephensi en Afrique représente un risque sanitaire majeur, car cette espèce est vectrice du paludisme, une maladie qui tue des centaines de milliers de personnes chaque année sur le continent. Jusqu’à présent, le paludisme était principalement une menace en milieu rural, mais l’arrivée de cette espèce dans les villes pourrait étendre la maladie à des populations urbaines moins préparées. Les scientifiques craignent que cette expansion ne rende les efforts de lutte contre le paludisme encore plus difficiles, notamment dans les zones où les systèmes de santé sont déjà fragiles. Le paludisme est transmis par la piqûre d’un moustique infecté par le parasite Plasmodium, et sa propagation accrue pourrait aggraver la situation épidémiologique en Afrique.
Les chercheurs s’alarment de la vitesse à laquelle *Anopheles stephensi* se propage en Afrique. Le docteur Ochomo, qui a fourni des échantillons pour l’étude, déclare que « nous n’avons jamais rien vu de tel, une telle propagation. Nous n’aurions jamais imaginé qu’un moustique puisse se propager si vite ». Cette expansion rapide est d’autant plus préoccupante qu’elle survient dans un contexte de réchauffement climatique, qui favorise la prolifération des moustiques en général. Les scientifiques estiment que cette espèce pourrait continuer à étendre son territoire si aucune solution n’est trouvée pour contrer sa résistance aux insecticides et son adaptation aux milieux urbains.

