Le cercle familial, terrain structurel des violences sexuelles contre les enfants et les adolescents
L’ESSENTIEL La loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, examinée à l’Assemblée nationale à compter du 1 er octobre, ambitionne notamment de mieux protéger les mineurs. Plus de la moitié des violences sexuelles déclarées par les femmes et les deux tiers de celles déclarées par les hommes se produisent ou débutent avant 18 ans.
Une proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles sera examinée à l'Assemblée nationale à partir du 1er octobre 2024. Cette loi vise à mieux protéger les mineurs, après des affaires médiatisées comme celle de Lyhanna ou le scandale des violences sexuelles dans un périscolaire à Paris. Plus de la moitié des violences sexuelles déclarées par les femmes et les deux tiers de celles déclarées par les hommes commencent avant l'âge de 18 ans, selon Santé publique France. Ces chiffres soulignent l'urgence d'agir pour protéger les enfants et adolescents, souvent victimes dans leur entourage proche.
Les violences sexuelles touchent particulièrement les mineurs : 29,8 % des femmes et 8,7 % des hommes déclarent en avoir été victimes au cours de leur vie, selon l'enquête Contexte des sexualités en France de 2023. Avant 18 ans, 13,0 % des femmes et 5,5 % des hommes rapportent avoir subi de telles violences. Les femmes sont donc plus exposées que les hommes, mais ces derniers sont davantage victimes pendant leur enfance et adolescence en raison de rapports de domination liés à l'âge. Les violences sexuelles concernent tous les milieux sociaux, sans distinction de catégorie professionnelle des parents.
L'enquête nationale sur les violences sexuelles conduite par l'Inserm en 2021 révèle que le cercle familial est le principal lieu de survenue de ces violences. Parmi les personnes déclarant avoir subi des violences sexuelles avant 18 ans, 35,7 % des femmes et 21,6 % des hommes citent un membre de la famille comme auteur. Les amis de la famille sont également impliqués dans 17,1 % des cas pour les femmes et 12,5 % pour les hommes. Les violences intrafamiliales (par un membre de la famille) et parafamiliales (par un proche) représentent 52,8 % des cas pour les filles et 34,1 % pour les garçons, confirmant le rôle central de l'entourage familial.
Près de 40 % des violences sexuelles sur mineurs surviennent avant l'âge de 11 ans, selon l'enquête Inserm. Les violences commises par un membre ou un ami de la famille commencent encore plus tôt : plus de la moitié des victimes avaient moins de 11 ans au moment des faits. Ces agressions sont également plus souvent répétées sur plusieurs années, contrairement aux violences commises par des inconnus, qui sont généralement des événements uniques. Les violences intra et parafamiliales s'inscrivent donc dans la durée, aggravant leur impact psychologique et physique.
Plus de la moitié des femmes (51,4 %) et 39 % des hommes victimes de violences sexuelles pendant leur minorité en ont parlé, selon l'enquête Inserm. Les jeunes générations se confient davantage que les plus âgées, signe d'une meilleure prise en compte de ces sujets. Cependant, une partie des victimes n'a jamais osé en parler, ou l'a fait sans obtenir de réaction de leur entourage. Lorsqu'elles se confient, les victimes se tournent d'abord vers leurs proches (parents, partenaires, amis), rarement vers des professionnels de santé (13,8 % des femmes, 11,7 % des hommes) ou de la justice (7,9 % des femmes, 7,4 % des hommes).
L'école est identifiée comme une instance essentielle pour briser le silence autour des violences sexuelles. Contrairement à la famille, elle est le seul lieu de socialisation auquel tous les enfants ont accès. Les professionnels de l'éducation pourraient donc jouer un rôle majeur dans la détection et la prévention de ces violences. L'article souligne l'importance de favoriser la parole des enfants et de leur offrir des interlocuteurs extérieurs à leur entourage familial, pour éviter que les violences ne restent invisibles ou impunies.

