Étiquette énergie des smartphones et tablettes : quel bordel !
Des fabricants de smartphones et tablettes ont transformé l’étiquette énergie et la fiche d’information en vaste blague. Nous avons analysé plus de 2 400 fiches avec des erreurs plus que grossières : 48 ans de mises à jour, 23 minutes d’autonomie, un écran aussi résistant que le saphir ou friable comme du talc, une étanchéité […].
Depuis le 20 juin 2025, deux règlements européens, l'UE 2023/1669 (Energy Labelling) et l'UE 2023/1670 (Ecodesign), s'appliquent dans l'Union européenne. Contrairement aux directives, ces règlements n'ont pas besoin d'être transposés en droit national : ils s'appliquent directement. Le premier impose aux fabricants d'apposer une étiquette énergie sur les smartphones et tablettes, incluant une classe de A à G, une estimation de l'autonomie, des indices de résistance aux chocs et de réparabilité, le nombre de cycles de charge et l'indice IP (protection contre les poussières et l'eau). Cette étiquette doit aussi comporter un code QR renvoyant vers une fiche produit détaillée sur le site EPREL (European Product Registry for Energy Labelling) de la Commission européenne. Le second règlement impose des seuils aux fabricants, comme cinq ans au moins de correctifs de sécurité et sept ans de disponibilité des pièces détachées.
L'étiquette énergie est obligatoire depuis le 20 juin 2025, non seulement pour les nouveaux produits, mais aussi pour les anciens encore commercialisés. Selon l'article 3 du règlement, chaque smartphone ou tablette doit être fourni avec une étiquette imprimée conforme. Pourtant, une analyse des fiches sur EPREL révèle que 80 % des terminaux manquent d’informations requises. Par exemple, des modèles comme l'iPhone 13, la Galaxy Tab Active5 de Samsung ou le Fairphone 5 sont toujours référencés avec des données incomplètes ou absentes. Cette situation montre un manque de conformité généralisé malgré l'obligation légale.
L'organisation Right to Repair et le site iFixit ont analysé 2 334 fiches de smartphones et tablettes sur EPREL. Leur constat est accablant : seulement 18 % environ mentionnent des sites web où l’on peut facilement trouver les prix des pièces détachées ou les instructions de réparation. Certains fabricants attribuent une note parfaite de 5/5 pour la réparabilité sans fournir de lien vers les pièces ou les manuels, ce qui constitue une auto-déclaration trompeuse. L’Annexe IV du règlement précise pourtant qu’un score de 5 points nécessite la disponibilité publique des informations pour la réparation et l’entretien. Pourtant, des marques renvoient vers des plateformes comme Temu, dont les liens mènent parfois à des pages d’accueil ou à des articles épuisés.
Les analyses révèlent des pratiques scandaleuses de certains fabricants. Par exemple, 40 fiches renvoient vers la plateforme chinoise Temu, certaines vers la page d’accueil, d’autres vers des fiches produits dont les articles sont épuisés. Des plateformes comme Amazon, eBay et AliExpress apparaissent également sur des dizaines de fiches. Dans certains cas, les liens censés donner des prix pour les composants mènent à des pages incomplètes ou non pertinentes. Par exemple, la marque Autel renvoie vers des fiches produits complètes via des liens censés fournir des prix hors taxes pour les composants, mais ces informations sont souvent inaccessibles ou obsolètes.
Les acteurs clés de cette situation sont les fabricants de smartphones et tablettes, qui doivent se conformer aux règlements européens. Les organisations *Right to Repair* et *iFixit* jouent un rôle de surveillance en analysant les fiches *EPREL* et en dénonçant les manquements. La Commission européenne, via le site *EPREL*, centralise les informations, mais son efficacité dépend de la qualité des données fournies par les fabricants. Le contexte est celui de l’Union européenne, où ces règlements visent à améliorer la transparence, la durabilité et la réparabilité des appareils électroniques, dans un cadre légal contraignant.

