Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool
Mieux comprendre les mécanismes cérébraux liés à la rechute est un enjeu majeur pour le traitement de l'alcoolisme. Mart productio/Pexels Pourquoi certaines personnes rechutent-elles après avoir arrêté de boire ? Des travaux menés chez la souris suggèrent que l’abstinence peut modifier l’activité d’une région cérébrale, le BNST, et ainsi contribuer à une consommation d’alcool excessive malgré ses conséquences néfastes.
Certaines personnes qui arrêtent de consommer de l'alcool peuvent ensuite développer une envie compulsive de boire, plus forte qu'avant. Une étude récente menée sur des souris a révélé que cette rechute pourrait être liée à des modifications de l'activité d'une région spécifique du cerveau, appelée noyau du lit de la strie terminale (ou BNST en anglais). Cette zone cérébrale joue un rôle dans la gestion des émotions comme l'anxiété ou la dépression, qui sont souvent associées aux troubles de l'usage d'alcool. Les chercheurs ont observé que, après une période d'abstinence forcée, certaines souris consommaient de l'alcool même lorsqu'il était rendu amer par l'ajout de quinine, un composé désagréable. Cela suggère que l'abstinence pourrait amplifier des mécanismes cérébraux favorisant une consommation excessive, malgré les conséquences négatives.
Le BNST est une petite structure cérébrale située en profondeur dans le cerveau, près de son centre. Des études antérieures avaient déjà montré son implication dans des symptômes comme l'anxiété ou la dépression, deux facteurs souvent liés aux addictions. Dans cette recherche, les scientifiques ont mesuré l'activité du BNST chez des souris après une période d'abstinence. Ils ont constaté que, lorsque ces souris étaient replacées dans un environnement où elles avaient précédemment eu accès à de l'alcool, leur activité cérébrale dans cette zone était plus de deux fois supérieure à celle des souris n'ayant pas subi d'abstinence. Cette hyperactivité était présente avant même que les souris ne boivent à nouveau, ce qui laisse penser que le BNST pourrait servir de marqueur pour identifier un risque accru de rechute chez les humains.
Les résultats obtenus chez la souris ne sont pas directement transposables à l'humain, mais ils ouvrent des pistes de recherche prometteuses. En 2024, aux États-Unis, le nombre de décès liés à l'alcool était 4,5 fois plus élevé que celui attribués aux opioïdes, soulignant l'urgence de mieux comprendre et traiter les troubles de l'usage d'alcool. Environ 10 % des Américains âgés de 12 ans et plus développent un trouble lié à l'usage d'alcool au cours de leur vie, soit près de 30 millions de personnes. Pourtant, les outils pour prédire qui rechutera restent limités. Les chercheurs envisagent désormais d'étudier l'activité du BNST chez des humains en début d'abstinence, afin de vérifier si les mêmes mécanismes cérébraux sont en jeu. Si c'était le cas, cela pourrait permettre de développer des méthodes de dépistage plus précises pour orienter les patients vers les traitements adaptés.
Plusieurs questions restent sans réponse concernant le rôle exact du BNST dans les troubles de l'usage d'alcool. On ignore notamment ce qui déclenche son hyperactivité pendant l'abstinence, ou quelles populations spécifiques de neurones dans cette région cérébrale sont impliquées. Pour avancer, les chercheurs utilisent désormais des outils de neurosciences permettant de manipuler l'activité de neurones précis chez la souris. Parallèlement, une équipe dirigée par Jennifer Blackford étudie déjà l'activité du BNST chez des humains en début d'abstinence. Si ces travaux confirment les observations faites chez l'animal, la prochaine étape consisterait à tester, dans le cadre d'essais cliniques, l'utilisation de l'activité du BNST comme outil de dépistage pour prévenir les rechutes. Ces recherches pourraient ainsi contribuer à améliorer la prise en charge des personnes souffrant de troubles liés à l'usage d'alcool.
La consommation excessive d'alcool représente un enjeu majeur de santé publique. Bien que ses effets néfastes sur la santé soient bien documentés, elle est souvent sous-estimée par le public. En Europe, l'alcool est responsable de plus de 7 % des maladies et des décès prématurés. Aux États-Unis, le nombre de personnes diagnostiquées avec un trouble lié à l'usage d'alcool a presque doublé depuis 1999, passant à près de 30 millions de personnes. Pourtant, malgré l'existence de traitements approuvés par la *Food and Drug Administration* (FDA), l'accès à une prise en charge adaptée reste limité. Mieux identifier les personnes à risque de rechute, comme le suggère cette étude, pourrait permettre d'optimiser les stratégies thérapeutiques et de réduire l'impact de cette addiction sur la société.

