Des membres du Québec inc. appellent à faire de la création de richesse une priorité
D’influents gens d’affaires dénoncent les freins à la croissance, sans trop s’inquiéter d’un éventuel référendum..
Des figures majeures du monde des affaires québécois, surnommées Québec inc., ont appelé à faire de la création de richesse une priorité absolue pour la province. Parmi eux, on trouve Andrew Lufty, Alain Bouchard (fondateur d’Alimentation Couche-Tard), Laurent Beaudoin (ex-président de Bombardier) et Paul Desmarais III (PDG de Sagard). Lors d’une conférence à Montréal, ils ont souligné que le Québec possède les ressources humaines et financières nécessaires pour prospérer, mais que cela exige une volonté collective de placer la croissance économique au cœur des débats. Lufty a notamment déclaré que la population québécoise doit accepter de discuter ouvertement de cibles économiques ambitieuses, comme la croissance du produit intérieur brut (PIB), et des obstacles qui freinent cette progression. Ce discours s’inscrit dans un contexte électoral, à quelques jours du scrutin provincial.
Andrew Lufty a proposé un objectif économique précis : porter le PIB du Québec à 1000 milliards de dollars d’ici sept ans. Pour y parvenir, il faudrait atteindre un taux de croissance annuel réel de 3 %, ce qui représenterait une augmentation de 135 milliards de dollars par rapport à la tendance actuelle. Selon ses calculs, cette croissance supplémentaire générerait 20 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour le gouvernement québécois, permettant d’améliorer les services publics comme les hôpitaux, les écoles et les infrastructures. Lufty insiste sur la nécessité de fixer des cibles claires et de mesurer les progrès, tout en reconnaissant que cet objectif est ambitieux mais réalisable. Le Québec, avec un PIB actuel d’environ 865 milliards de dollars en 2024, n’a pas encore atteint ce seuil.
Les obstacles à la croissance économique du Québec ont été évoqués par les intervenants, notamment Alain Bouchard, qui a qualifié la situation de foutoir extraordinaire en raison de l’accumulation de politiques et de règles qui rendent l’investissement difficile en Amérique du Nord. Bien que la liste exacte des freins n’ait pas été détaillée lors de l’événement, des exemples récurrents incluent la complexité administrative, les lourdeurs réglementaires et un environnement perçu comme peu favorable aux entreprises. Bouchard et Lufty ont souligné que ces entraves limitent la compétitivité de la province et freinent l’innovation. Ils appellent à une analyse lucide de ces problèmes pour les surmonter, sans pour autant proposer de solutions immédiates.
La conférence s’est tenue en pleine campagne électorale québécoise, à trois jours du scrutin. Les participants ont précisé qu’ils ne cherchaient pas à influencer le résultat des élections ni à soutenir un parti en particulier. Leur objectif était plutôt de profiter de l’attention médiatique accrue pour mettre en lumière l’importance de la croissance économique. Lufty a expliqué que les élections offraient une tribune idéale pour aborder ce sujet, d’autant plus que de nombreux Québécois avaient déjà voté par anticipation. Ils ont également évité de se prononcer sur la question d’un éventuel référendum sur l’indépendance, un sujet sensible au Québec, en déclarant ne pas s’en soucier.
Les intervenants ont exprimé une vision où la prospérité économique est indissociable de la qualité de vie. Ils ont rappelé que le Québec dispose d’atouts majeurs, comme un capital humain qualifié et des entrepreneurs dynamiques, mais que ces atouts doivent être mis au service d’une croissance soutenue. Alain Bouchard a évoqué avec nostalgie des leaders politiques passés, comme Jean Lesage ou Robert Bourassa, qui avaient su planifier des projets ambitieux pour le Québec. Il a appelé à une grande *conversation collective* pour relancer l’économie, en s’inspirant de sommets historiques ayant rassemblé divers acteurs sociaux, syndicats et représentants du monde des affaires. L’idée est de créer un élan similaire à celui des années 1960, marqué par la Révolution tranquille.

