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Des traces d’un pesticide à haut risque dans l’eau potable de sept villes du Québec

ICI Radio-Canada · mis à jour 28 sept.

Les concentrations mesurées dépassent la norme européenne, alors qu'aucun seuil spécifique n'existe au Québec..

Un pesticide méconnu détecté

Des résidus d’un pesticide appelé S-métolachlore ont été retrouvés dans l’eau potable de sept villes du Québec, dont Montréal, Longueuil et Saint-Césaire. Ce pesticide, principalement utilisé pour éliminer les mauvaises herbes dans les cultures de maïs et de soya, est considéré par le gouvernement québécois comme plus risqué pour la santé et l’environnement que le glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup. En 2024, il s’agissait du deuxième pesticide le plus vendu au Québec, avec 248 tonnes écoulées. Cependant, il est moins connu du grand public que d’autres produits comme le glyphosate. Les analyses ont révélé la présence non pas du S-métolachlore lui-même, mais de son métabolite, le métolachlore-ESA, un produit issu de sa dégradation sous l’effet de l’eau, du soleil ou de micro-organismes. Ce métabolite n’est pas surveillé spécifiquement au Québec, bien que sa toxicité soit similaire, voire supérieure, à celle de la molécule originale.

Des seuils dépassés

Les concentrations de métolachlore-ESA mesurées dans l’eau potable de sept municipalités dépassent le seuil établi par l’Union européenne, fixé à 0,1 microgramme par litre (µg/L). À Saint-Césaire, la concentration atteint 1,34 µg/L, soit plus de 13 fois ce seuil. Les autres villes concernées, comme Repentigny (0,16 µg/L), Montréal (0,153 µg/L) ou Longueuil (0,147 µg/L), présentent des niveaux plus proches de la limite européenne. Au Québec, aucune norme ne cible spécifiquement le métolachlore-ESA. La norme en vigueur, fixée à 35 µg/L, concerne uniquement le S-métolachlore, la molécule mère. Cette valeur est 350 fois supérieure au seuil européen, mais les deux approches réglementaires diffèrent : le Canada évalue chaque pesticide individuellement, tandis que l’Europe applique une logique de précaution avec des limites plus strictes pour prévenir les risques cumulatifs.

Un cocktail de contaminants

Les analyses ont également révélé la présence combinée de plusieurs pesticides dans l’eau potable de certaines municipalités, comme Longueuil, Montréal, Oka ou Saint-Césaire. Jusqu’à une vingtaine de substances chimiques différentes ont été détectées dans un seul échantillon. Maryse Bouchard, professeure en santé environnementale à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), souligne que ce mélange représente un enjeu de santé publique. Même à faible dose, la présence simultanée de multiples pesticides peut avoir des effets sur le système nerveux, le développement neurologique des enfants, le foie, les reins ou le système hormonal. Les risques dépendent de la dose et des combinaisons de substances. Cette situation s’ajoute à l’exposition aux pesticides via l’alimentation, ce qui rend l’évaluation des dangers encore plus complexe.

Des normes controversées

Les normes québécoises et canadiennes en matière de pesticides dans l’eau potable sont critiquées pour leur approche jugée moins protectrice que celle de l’Europe. Au Canada, les seuils sont établis par Santé Canada, qui s’appuie en grande partie sur des études fournies par l’industrie agrochimique, sans toujours les soumettre à une révision indépendante par des pairs. Sébastien Sauvé, professeur en chimie environnementale à l’Université de Montréal, estime que ces données ne reposent pas toujours sur une science transparente. En Europe, le principe de précaution conduit à fixer des limites plus basses, comme 0,1 µg/L, pour anticiper les risques liés aux mélanges de contaminants. Thibault Rehn, directeur général de Vigilance OGM, souligne que le Canada pourrait s’inspirer de l’expérience européenne pour renforcer ses propres normes.

Un suivi incomplet

Le suivi des pesticides dans l’eau potable au Québec présente une lacune majeure : les produits issus de la transformation des pesticides, comme le métolachlore-ESA, ne sont pas systématiquement analysés. Le Règlement sur la qualité de l’eau potable impose aux municipalités de plus de 5 000 habitants de tester leur eau quatre fois par an, mais uniquement pour 16 pesticides spécifiques. Les métabolites n’en font pas partie, ce qui signifie que des contaminants invisibles peuvent persister sans être détectés. Le ministère de l’Environnement du Québec indique évaluer la pertinence de mettre à jour ce cadre réglementaire, en fonction des recommandations de Santé Canada. Vigilance OGM et Sébastien Sauvé plaident pour une inclusion systématique de ces métabolites dans les analyses, afin d’éviter une sous-estimation des risques.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette situation, plusieurs acteurs proposent des solutions pour réduire l’exposition aux pesticides. Vigilance OGM demande l’imposition de la **prescription agronomique obligatoire** pour le S-métolachlore, un outil déjà appliqué avec succès pour d’autres pesticides comme l’atrazine. Depuis 1992, cinq plans politiques ont été mis en place pour diminuer l’usage des pesticides au Québec, mais sans succès notable. En revanche, la prescription agronomique a permis de réduire les ventes d’atrazine de 90 %. Le gouvernement québécois n’a pas encore pris de décision concernant le S-métolachlore. Par ailleurs, Santé Canada mène actuellement une réévaluation du métolachlore, incluant le métolachlore-ESA, pour déterminer si ses valeurs de référence doivent être mises à jour. Les résultats de cette évaluation pourraient influencer les normes futures au Québec.

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