Pourquoi masculinisme et antisémitisme sont profondément liés
Les contenus liés au fitness occupent une place importante dans la « manosphère », mais on y trouve également des idéologies extrêmes. ljubaphoto/E+ via Getty Images Les idées antisémites sont aujourd’hui présentes au sein des courants masculinistes.
L’article montre que l’antisémitisme et la masculinité dominante sont liés depuis des siècles. Les hommes juifs ont souvent été décrits comme féminins ou fragiles dans les discours antisémites, une stratégie visant à les exclure de la citoyenneté et des rôles sociaux dominants. Par exemple, au Moyen Âge et jusqu’au XXe siècle, les Juifs étaient privés de droits fondamentaux comme voter, posséder des terres ou servir dans l’armée avec un grade élevé. Ces stéréotypes ont nourri des accusations extrêmes, comme celle du crime rituel, où les Juifs étaient accusés d’avoir besoin du sang d’enfants non juifs pour fabriquer leur pain azyme. Une autre croyance antisémite affirmait que les hommes juifs menstruaient et devaient se régénérer avec ce sang. Ces représentations servaient à justifier leur exclusion de la société.
À leur arrivée aux États-Unis aux XIXe et XXe siècles, les immigrants juifs ont développé une masculinité alternative, centrée sur le savoir et la sensibilité (eydlkayt en yiddish), car ils étaient exclus des rôles masculins dominants dans leurs pays d’origine. Par exemple, le président américain Theodore Roosevelt écrivait en 1901 que « la grande majorité de la population juive… a une constitution physique faible », attribuant cette faiblesse à des siècles d’oppression. Les Juifs étaient alors exclus de clubs sportifs, sociétés fraternelles et hauts grades militaires, bien que certains aient créé leurs propres cercles, comme le City Athletic Club de New York. Ces restrictions ont progressivement disparu avec la fin des quotas universitaires visant les Juifs dans les années 1960 et 1970.
La manosphère est un ensemble de sites, forums et influenceurs en ligne qui promeuvent une forme d’hypermasculinité, souvent en accusant les femmes, le féminisme ou les minorités d’être responsables des problèmes des hommes. Certains de ces groupes, comme les incels (célibataires involontaires) ou les artistes de la drague, vont jusqu’à légaliser le viol ou nier la Shoah. L’article souligne que ces espaces sont traversés par l’antisémitisme, avec des influenceurs comme Ed Matthews accusant les Juifs de contrôler le monde. La manosphère utilise des théories du complot, comme celle des marxistes culturels, pour expliquer les frustrations masculines en attribuant la responsabilité de l’affaiblissement de la masculinité à des groupes comme les Juifs.
L’antisémitisme fonctionne dans la manosphère comme une explication universelle capable de rendre compte de multiples problèmes simultanément. Par exemple, des figures comme Myron Gaines attribuent aux Juifs la responsabilité de forces perçues comme destructrices pour la civilisation occidentale, comme le féminisme, le communisme ou la pornographie. Le chercheur Michael Broschowitz identifie trois raisons à ce glissement : l’antisémitisme offre une réponse simple à des frustrations complexes, les algorithmes des réseaux sociaux amplifient les contenus extrêmes, et les communautés en ligne remixent rapidement ces idées. L’article souligne que cette dynamique permet aux hommes de la manosphère de ne jamais remettre en cause leurs propres échecs, en attribuant leurs problèmes à un ennemi extérieur.
L’article montre que la manosphère ne se contente pas de reprendre des stéréotypes antisémites anciens, mais les adapte à un contexte moderne. Par exemple, l’idée que les hommes juifs sont *féminins* ou *fragiles* est réinterprétée pour expliquer pourquoi les hommes blancs hétérosexuels se sentiraient *victimes* de la modernité. Cette vision s’inscrit dans une tradition où la masculinité est associée à la domination et au contrôle, tandis que les Juifs sont perçus comme une menace à cette domination. L’autrice, historienne des questions de genre et de l’antisémitisme, conclut que cette association entre masculinité et antisémitisme traverse les siècles et se manifeste aujourd’hui dans des espaces numériques comme la manosphère.

