Emblème de la surpêche, la morue terre-neuvienne bientôt certifiée durable?
La morue du Nord pourrait bientôt obtenir le fameux label bleu du Marine Stewardship Council..
La morue du Nord, pêchée au large de Terre-Neuve-et-Labrador, est devenue un symbole de la surpêche et de la mauvaise gestion des ressources marines. En 1992, un moratoire a été décrété après l’effondrement des stocks, supprimant environ 30 000 emplois dans la province. Ce moratoire, imposé par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) canadien, a marqué un tournant dans l’histoire de la pêche locale. La morue du Nord, autrefois abondante, est aujourd’hui au cœur d’un débat entre récupération des stocks et gestion durable. Le Marine Stewardship Council (MSC), un organisme créé en réponse à cette crise, évalue actuellement la durabilité de cette espèce pour lui attribuer son label bleu, gage de pêche responsable.
L’obtention du label bleu du MSC, un organisme indépendant, serait une reconnaissance majeure pour la morue du Nord. Ce label, très recherché par les transformateurs et les distributeurs, garantit que la pêche respecte des critères stricts de durabilité. En avril 2026, lors d’un événement à Barcelone, il a été annoncé que la morue du Nord était en cours d’évaluation par le MSC. Une certification réussie permettrait aux entreprises comme Icewater Seafoods d’accéder à de nouveaux marchés, notamment en Europe et en Amérique du Nord, où certains acheteurs refusent les produits non certifiés. Le MSC devrait rendre sa décision au premier trimestre 2027.
La réouverture de la pêche commerciale à la morue en juin 2024 a marqué un tournant pour Terre-Neuve-et-Labrador. L’usine Icewater Seafoods, dirigée par la famille Wareham depuis 2004, a survécu au moratoire en important de la morue norvégienne et russe. Depuis 2024, l’entreprise transforme exclusivement de la morue locale, une décision qui a nécessité un investissement de 15 millions de dollars entre 2018 et 2020. Aujourd’hui, l’usine emploie 97 travailleurs étrangers temporaires et 320 employés en pleine saison, avec l’objectif d’augmenter sa production de 25 % en 2026. Cette relance s’inscrit dans un contexte de hausse des quotas, passés de 38 000 à 59 000 tonnes en 2026.
Les quotas de pêche à la morue du Nord au Canada ont augmenté de 55 % en 2026, atteignant 59 000 tonnes. Cette hausse reflète une amélioration des stocks, avec une biomasse reproductrice estimée à 542 000 tonnes, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2025. Cependant, cette décision est contestée par certains groupes environnementaux comme Oceana Canada, qui craignent une gestion trop rapide des ressources. En Europe, les quotas de Norvège et de Russie ont chuté à 285 000 tonnes, leur plus bas niveau depuis 1991, tandis qu’en Islande, ils pourraient être réduits de 1 % à 202 000 tonnes. Cette situation crée une demande accrue pour la morue canadienne, dont les prix atteignent des records.
La famille Wareham incarne la résilience du secteur de la pêche à Terre-Neuve-et-Labrador. Huit générations se sont succédé dans ce métier, et l’usine d’Arnold’s Cove, dirigée par Alberto Wareham et son fils Ryan, reste un symbole d’attachement local. Malgré le moratoire, l’entreprise a maintenu ses activités en diversifiant ses sources d’approvisionnement. Aujourd’hui, l’usine emploie une main-d’œuvre vieillissante et fait appel à des travailleurs étrangers temporaires pour compenser les pénuries. Le bureau d’Alberto Wareham est situé sur place, illustrant l’ancrage territorial de cette entreprise familiale, qui espère transformer 25 % de morue en plus en 2026.

